Aout
1993. Le Nouvel économiste
Le Port désespère Marseille
La guérilla s’est installée
sur le port ... et pour longtemps. Les dockers jouent les kamikazes.
Comme s’ils n’avaient rien à perdre. Et le
Port de Marseille perd jour après jour son crédit.
C’était prévisible et
la situation était trop belle pour que la CGT n’en
profite pas.. L’application tardive de la réforme
n’avait pas permis de planifier correctement les congés
et il manquait 200 dockers pour passer l’été.
Conclusion de la CGT: la réforme, ça ne marche pas!
Acconiers et dockers polémiquent sur les textes laborieusement
signés. Côté dockers, si rien n’est
écrit on revient aux pratiques antérieures. Côté
Acconiers on veut appliquer le droit commun. Autrement dit , s’il
manque de la main-d’œuvre, les entreprises de manutention
embauchent en contrat à durée déterminée.
Scandale crie la CGT, il faut passer par le Bureau central de
la main-d’œuvre, qu’elle contrôle. Ainsi
s’enlise le port. Avec la fin des congés, cette question
va s’éteindre d’elle-même. Mais d’autres
resurgiront. À bord des car-ferries de la Sncm, avant la
réforme, une vingtaine de dockers, montaient à bord...pour
rien. Les voitures ou les camions se garent eux-mêmes dans
les soutes. La Cgt a exigé et obtenu pour l’été
la présence de deux dockers. Mais la Sncm n’ira pas
plus loin. Bernard Anne, son Pdg n’a pas hésité
à se mettre tout Marseille à dos en menaçant
de détourner les trafics Corse Continent vers Toulon. La
compagnie paye un lourd tribut à la réforme: 120
MF, à la condition expresse, selon les accords de mars,
que la fiabilité revienne et que ces postes de travail
soient supprimés. Conditions non-remplies à ce jour.
Aiguillonné par l’Office corse des transports qui
lui demande des économies, la Sncm maintient sa menace
de priver la première ville corse de liaison directe avec
l’île de beauté.
Le 18 août dernier, Jean Schutz, président du port
a réuni en catastrophe son conseil d’administration.
À l’unanimité, y compris donc la Cgt, le conseil
demande une trêve de six mois pour engager des discussions
dans la sérénité. Depuis, on se réunit,
on se téléphone, on palabre pour mettre fin à
l’escalade. Mais les protagonistes sont éloignés
de la ligne de compromis. La Cgt veut faire la démonstration
de l’inapplicabilité de la loi alors que la communauté
portuaire qui finance un plan social d’un milliard veut
enfin travailler avec des règles claires. Les regards se
tournent vers Paris où la nomination d’un nouveau
directeur des ports au ministère , Hubert Dumesnil est
de bon augure. Cet ingénieur des ponts, directeur du port
de Dunkerque, fut en effet, pendant sept ans, directeur de l’exploitation
du port de Marseille. Il connaît donc la situation et espère-t-on
saura inspirer au ministre les mesures qui s’imposent. Avant
la fin de l’année, les dockers et leurs employeurs
devront signer une nouvelle convention collective. Marseille sert
de banc d’essai et le port y laisse des plumes. “Nous
ne sommes plus fiables vis-à-vis de nos clients, confie
un armateur. Nous leur avons dit pendant des mois que tout
dépendait de l’application de la loi. Depuis mars
les accords sont signés et la situation empire. C’est
au législateur d’agir".
Christian Apothéloz