Septembre 1993, Le Nouvel économiste
Marseille :
ouverture du premier tunnel urbain à péage.
et plan de circulation
À quelques jours de l’ouverture
du premier tunnel urbain à péage en France, Marseille
s’interroge sur l’afflux de voitures en centre ville
et sur son schéma de circulation.
Le 18 septembre, les 14 postes de péages
de la gare du Prado ouvriront leurs barrières aux 100 000
automobilistes qui traversent chaque jour Marseille de part en
part. Un tiers, selon les prévisions devrait se laisser
séduire par la rapidité de cette liaison, trois
minutes au lieu d’un quart d’heure les bons jours,
une demi-heure voire une heure les jours noirs. Pour 10 francs,
le visiteur arrivant de Toulon ou Nice accédera directement
sur le Vieux port ou en direction des autoroutes du Littoral vers
l’aéroport, Lyon ou Montpellier.
C’est un projet ancien, de trente ans qui voit le jour grâce
au financement privé. Le tunnel ferroviaire Prado Carénage
a été percé en 1873, sa transformation en
tunnel autoroutier à deux voies superposées conçu
par l’architecte Alain Amédéo, a coûté
1,2 milliard. Le tout apporté par la Société
marseillaise du tunnel Prado-Carénage, une société
cotée au second marché et qui associe les trois
constructeurs, Borie-SAE, Sogéa et Campénon-Bernard
avec un pool de 21 banques. Concessionnaire pour tente ans, la
SMTPC a mis les bouchées doubles et gagné 4 mois
sur le planning. Les 14 postes de péages serviront de test
à un nouveau système de télépéage
mis au point par Gemplus, le Tunnel-Pass. 2000 Marseillais ont
déjà acquis ce mini-émetteur doté
d’une carte à puce.
Tout est donc prêt pour le jour J. Tout, sauf l’évacuation
de la circulation qui va ainsi arriver en centre ville. En arrivant
de Toulon, vous pourrez sortir en direction du centre ville et
débarquer sur le vieux port, déjà totalement
saturé. Patient, vous préférez prendre le
tunnel sous le Vieux port. Vous tombez dans un labyrinthe autour
de la cathédrale de la Major. La solution est bien sûr
un tunnel entre le Vieux port et la sortie autoroutière.
Un petit tronçon, en trémie financé par la
SMTPC (120 MF) est en chantier pour un an encore. Mais l’essentiel
reste à faire et à financer : la tranche Carénage
Major ( :) et le prolongement jusqu’au viaduc (50 MF).
Robert Vigouroux recherche des concours auprès de ses partenaires
habituels, conseil général, conseil régional
et État, mais ils se font tirer l’oreille. L’automobiliste
risque donc de se perdre dans les dédales du quartier portuaire
après ses trois minutes de bonheur tarifées.
Dans l’autre sens, la circulation ne pose pas de problème.
Un viaduc autoroutier déverse la circulation directement
sous le tunnel du Vieux Port. Mais ce même viaduc est aujourd’hui
condamné par les urbanistes. Pour Bruno Guillermin, urbaniste
chargé du dossier Euroméditerranée à
la Ville, il faut démolir cette barrière de béton
entre la mer et la ville et enterrer la voie. “On ne
peut concevoir un projet urbain, un centre tertiaire ici avec
35 000 véhicules par jour entre la mer et les immeubles.
Euroméditerranée ne pourra se faire si on ne libère
pas le trafic au sol”. Le port serait prêt à
ce que ce tunnel passe sur son territoire, quai du Lazaret, reste,
là encore, le financement : 750 MF.
Christian Apothéloz,
avec Sylvie Jullien