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29 janvier 2009
Provence Alpes Côte d’Azur :
et si notre région allait bien !
La Diact, la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires, notre ex Datar vient de sortir une étude sur la dynamique et le développement durable des territoires en Europe. Dans la synthèse, (disponible ci-dessous) notre région se retrouve en bonne position.
Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une analyse conjoncturelle et que tout lien avec la crise actuelle serait non avenu. Les analyses s’appuient sur les évolutions des chiffres de 1999 à 2005.
Que découvre-t-on ?
D’abord au regard du PIB ? Le produit intérieur brut, la France produit plus que sa part dans la population européenne : 15,6 % de la production alors que nous ne représentons que 12,8 % de la population.
À l’échelle des régions, Paca se situe au 15° rang, Île de France en premier devant Londres ou la Lombardie, Rhône Alpes est 7°, mais la première région française après Paca, le Nord, est loin au 24° rang.
Bon palmarès donc avec une autre bonne nouvelle, c’est que ce classement est le résultat d’une dynamique positive, nous sommes, parmi les 50 plus grandes régions européennes une de celles qui affichent une dynamique des plus vives, (plus de 2 % de croissance du PIB) alors que les autres régions françaises qui nous devancent ont un rythme plus alangui de progression.
Notre région s’inscrit ainsi dans un basculement de la géographie économique française : les régions de l’Ouest et du Sud prennent le leadership du développement tandis que les anciennes régions industrielles, le Nord et l’Est souffrent de reconversions inachevées et douloureuses.
Croissance du PIB qui est corroborée avec une natalité vigoureuse. Provence Alpes Côte d’Azur compte plus d’un million de jeunes de moins de 20 ans, elle fait partie des quatre régions françaises « millionnaires » en jeunes avec Île de France, Rhône-Alpes et Nord.
Paca affiche un PIB tonique. Elle est classée deuxième de France pour le PIB par habitant. Mais ceci explique cela, elle est la première en PIB par emploi. Donc, hors Paris Paca est la région où chaque salarié en activité créée le plus de valeur en France.
Notre croissance est donc solidement ancrée sur la jeunesse et l’intelligence.
Ce sont les fruits d’une longue mutation.
Au risque d’être politiquement incorrect, j’y vois naturellement le tropisme des régions littérales et l’attractivité pour l’industrie des régions touristiques. Mais aussi des politiques régionales qui ont appuyé dans le bon sens.
Il y eut trois étapes
L’âge des pionniers. Lorsque la région n’est qu’un établissement public régional, que Gaston Defferre, puis Michel Pezet sont à la présidence, des acteurs autour de Philippe Langevin nous font découvrir l’espace régional. On en connaît à peine les contours, l’économie est une boîte noire et l’on découvre peu à peu ses points forts : sa recherche, la nouveauté de son développement économique, le tourisme, sa façade méditerranéenne et ses richesses alpines. On pense alors plus à son « désenclavement » sans percevoir que ce sera l’économie numérique qui va désenclaver la région et pas les tunnels ou les autoroutes.
La seconde étape décisive est le lancement de la Route des hautes technologies en 1986 par le conseiller régional en charge de l’économie sous Jean Claude Gaudin, Jean Louis Geiger. Ce concept totalement construit s’inspire des USA, sur le modèle de la route « 128 » de Boston, mais il a le mérite, toutes proportions gardées, de donner un coup de projecteur sur des pôles en gestation et de les accrocher à une locomotive technologique et médiatique connue Sophia Antipolis. Cette route fait que les acteurs de l’Est et de l’Ouest, dépassant à muraille de l'Estérel, se parlent et commencent à construire une identité économique régionale. Parallèlement le conseil régional lance une campagne de communication qui prend à rebrousse-poil les exégètes du territoire. PACA proclame alors « L’avenir gagne le sud » et le publicitaire de génie, Gérard Gineste, qui inventa ce slogan distribue aux journalistes une boussole qui indique le Sud ! Nous sommes alors en plein « désespoir territorial » : l’image de l’Europe est celle de la banane bleue, la dorsale européenne ou mégalopole européenne qui évite soigneusement notre région. Les flux et les richesses révélés par Roger Brunet traversent l'Europe du Lancashire à la Toscane. La région PACA est hors jeu et même lorsque l’on inclut une mini-banane vers Barcelone, elle part de Lyon et nous laisse un triangle voué au tourisme et au désert industriel.
Cette communication volontariste était en fait anticipatrice puisque la nouvelle carte des richesses nationales dessine un arc de développement sur les régions littorales méditerranéenne et atlantique.
La troisième étape est contemporaine, elle est celle où nos institutions reconnaissent la valeur du service et du service à valeur ajoutée et surtout mettent en place à travers le Schéma régional de développement économique adopté à l’unanimité des conseillers régionaux en juin 2006. Certes le schéma démarre après 2005 et ne peut donc être à l’origine des bons chiffres 99-2005, mais il intègre les facteurs de développement de cette nouvelle économie régionale et lui donne des moyens : innovation, travail en cluster, ouverture sur la Méditerranée et formation.
Pour autant tout va-t-il au mieux ?
L’analyse de la DIACT permet de discerner trois points de défaillances.
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Tout d’abord notre investissement dans la recherche est encore trop faible. La France et l’Europe sont autour de 2 %, les USA à 2,7, le Japon à 3,2. PACA est dans la moyenne française, mais Rhône-Alpes fait le double avec 4,1 de son PIB dans les labos !
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Une cohésion sociale fragile. L’écart des revenus dans la métropole régionale est des plus élevés et il y a comme on dit dans le jargon, des « poches de précarité » avec une exclusion durable du marché du travail, des zones de pauvreté en particulier dans la région marseillaise. Pour résumer : ceux qui travaillent ont une forte productivité et des bons salaires, mais ceux qui sont exclus le sont durablement. C’est intenable.
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Enfin l’artificialisation du territoire, (en gros le bétonnage et goudronnage), source de changements climatiques, est des plus forte sur toute la zone côtière et périurbaine. Nous sommes là malheureusement dans le peloton de tête des mauvais élèves. Les lois Littoral et Montagne protègent un peu, mais sont encore l’objet d’attaques et d’entorses permanentes, il est temps non seulement de les appliquer fermement mais de s’interroger sur leur adéquation à la nouvelle donne climatique.
Christian Apothéloz
Télécharger la synthèse du document de la DIACT
 7 janvier 2009
Repos du dimanche, la revanche de Robespierre ?
J’ai longtemps hésité à donner mon point de vue sur le travail du dimanche tant le débat dans notre région est biaisé, instrumentalisé et vindicatif.
Disons le d’abord franchement, je suis comme tout un chacun intéressé lorsque mon robinet fuit un jour férié de trouver un joint à Plan de Campagne et je bosse personnellement souvent le jour du Seigneur !
Mais les accommodements personnels ne sont pas au cœur du débat, il y a d’abord dans notre département une histoire singulière, celle de Barnéoud. Au début des années soixante, le génial « Émile » pressentit que cet espace rural, travaillé par des maraîchers, représentait le point focal d’une zone de chalandise allant d’Aix à Marseille et de Gardanne à Martigues. S’il débuta par la location de machines à laver, il comprit très vite que la promotion d’une zone commerciale qui couvre aujourd’hui 220 000 m2, tirée par la vente de meubles, puis par une enseigne comme Casino depuis 1973, pourrait rapporter gros.
La zone est totalement atypique. Aucun aménageur ne l’avait imaginée. Elle surgit de nulle part, sans Plan et sans projet global par rachat progressif des terres agricoles et construction de surfaces commerciales hétéroclites.
C’est un « objet urbain non-identifié », un « OUNI » qui s’impose avec ses propres règles, ou plutôt son propre désordre. Une zone de droit relatif où le travail du dimanche devient naturel et s’impose sans que personne pendant des années ne dise rien.
Cet « OUNI » résiste à tout. Les collectivités locales qui hébergent ce centre devenu Plan de Campagne (il fut un temps où l’on allait « à Barnéoud ») ramassent une taxe professionnelle payée par les populations les moins favorisées du département pour financer les équipements communaux de villages résidentiels du pays d’Aix et investissent le minimum minimorum sur la zone commerciale. Aucun préfet ou ministre n’a eu le courage de rattacher ces communes riches à l’intercommunalité naturelle qui les fait vivre : Marseille.
Les aménageurs ont découvert tardivement ce fils naturel de Marseille et Aix, qui a déjoué toutes leurs prospectives. Il revint à Jean Bonnier lorsqu’il était directeur d’études au SGAR d’avoir ouvert une réflexion novatrice sur ce lieu en poussant ses pairs à reconnaître là, un objet métropolitain, un lieu de centralité qu’il fallait inclure dans une réflexion globale notamment dans un Plan de déplacement départemental plutôt que de l’ignorer avec superbe. Il fut peu suivi hélas. Le Club de réflexion sur l’aire métropolitaine marseillaise dont il fut un contributeur éminent écrivait : « Ce territoire (de la métropole phocéenne) fonctionne autrement et de façon plus ouverte que ne l'imaginent les institutions. (...) Ce dispositif urbain a un caractère éruptif et inopiné par rapport au politique. Ce "débordement" par rapport au territoire se manifeste dans le "phénomène Plan de Campagne": on ne l'a pas vu venir et pourtant il existe fortement. Il constitue une des centralités de ce territoire polynucléaire. »
Le travail du dimanche bucco-rhodanien se situe dans cette histoire complexe comme une anomalie acceptée, puis revendiquée. Ce fut la Sociam, au nom des commerçants marseillais qui la première porta le fer contre ces dérogations permanentes au droit commun, puis la CFDT avec un avocat résolu, Maître Daniel Cohen, rejointe par la CGT au nom du droit du travail.
Énoncer une position sur le travail du dimanche revient donc ici trop souvent à se prononcer pour ou contre Plan de Campagne. A mon sens Plan de Campagne s’est imposé parce que le commerce n’obéit pas aux aménageurs mais au client, aux flux, aux usages. Il convient donc de réintégrer Plan de Campagne dans les schémas de développement territoriaux et de dessiner un avenir à cette zone, mais pas dans le non droit, pas dans la dérogation, pas dans l’exception, mais dans une vision durable des flux commerciaux et de loisirs. Pourquoi ne pas penser par exemple des équipements culturels majeurs sur cette zone ? Sait-on que le cinéma multiplexe de Plan de Campagne est le quatrième de France par sa fréquentation ! (Source L‘Hebdo Marseille).
Ceci étant posé, j’en viens à la question spécifique du travail du dimanche qui dépasse les limites étroites de nos zones commerciales, elle est en discussion dans toute l’Europe, en Allemagne ou en Suisse particulièrement.
Je suis pour le respect du repos dominical comme le prévoit la loi actuelle pour trois raisons : religieuse, économique et sociétale.
Religieux. Le repos du septième jour est, on le sait, institué dans le premier livre de la Bible dans un des deux récits de l’origine du monde. Au commencement était le souffle et après avoir travaillé à la création pendant six jours, la Bible (Traduction Segond Genèse II 2 à 4) nous dit : « Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu'il avait faite : et il se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu'il avait faite. Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant. »
Moïse redescendant du Sinaï avec les 10 « paroles », le décalogue, énonce cette loi : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour : c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié. » (Exode XX, 2-17)
Ce vieux texte écrit probablement 800 ans avant Jésus Christ reprenant lui-même une tradition orale séculaire instaure ce rythme étrange de sept jours, un nombre premier que les cabalistes étudieront ardemment sans jamais nous expliquer comment il a pu, partant d’une modeste tribu nomade entre Égypte et Syrie, s’imposer à l’humanité entière. On peut y voir de la sagesse ou une intervention divine ; peu importe, ce jour de repos imposé à tous, maîtres et esclaves fut un progrès de l’humanité. Un Rabbin de Marseille nous déclara d’ailleurs sans ambages dans un débat public sur ce thème que le Shabbat tolérait trois activités pour l’homme : la prière, l’étude et l’amour.
Le Nouveau Testament ne fera que confirmer ce message en contestant la rigidité du rite pour l'ouvrir encore plus à la compassion.
Il y a donc dans ce repos imposé, dans cette fermeture des échoppes, une sagesse séculaire. Le seul homme politique français qui réussît à y mettre un terme fut Robespierre(2). Le temps décimal fut adopté en 1793 avec la semaine de dix jours… : Primidi, Duvidi, Trediti, Quartidi, Quintidi, Sextidi, Septidi, Octidi, Nonidi, Décadi, qui était le seul jour du repos.
On ne se souvient pas dans nos livres d’histoire que ce fut un grand progrès. S’inscrire dans cette lignée est une régression autant qu’une transgression.
Économique. La fausse évidence voudrait qu’en ouvrant le dimanche on gagne plus et que l’on crée ou défende l’emploi. Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, de l’École d'économie de Paris a écrit sur ce sujet, un excellent article paru dans le Monde du 19 novembre dernier. Le modèle américain apporte des conclusions intéressantes. Mais regardons chez nous. D’abord le travail du dimanche n’est pas totalement interdit. Il existe dans les services d’urgence ou de santé, et dans les activités liées au tourisme. Un salarié sur quatre est concerné. Le législateur jusqu’à ce jour a considéré qu’un établissement touristique créait de la valeur en ouvrant un jour de plus. Le tourisme ne se stocke pas, soit le bien touristique, repas, nuit, loisirs est consommé le jour même, soit il disparaît. Il n’en est pas de même pour les zones commerciales de nos grandes cités. Elles sont consacrées essentiellement aux biens de consommation ou aux biens d’équipement. Aucune famille marseillaise n’achètera deux matelas, un le samedi, un le dimanche parce que Plan de Campagne est ouvert. Idem pour la consommation, il ne se vend pas un paquet de pâtes en plus dans le département parce que Casino ou Leclerc de Plan de Campagne sont ouverts. Il s’agit d’achats déportés et non de dépenses supplémentaires. Le panier de la ménagère n’est pas une aune extensive. Depuis sa création, Plan de Campagne profite de cet effet d’aubaine. De ce que l’on appelle en langage savant, une « dissymétrie de l’offre ». Il y a deux dangers pour la zone Barnéoud : la fin de l’ouverture du dimanche ou la généralisation complète de l'ouverture du dimanche. Si les zones des Milles, de Vitrolles, de grand Littoral appliquaient les mêmes règles gageons qu’il y aurait moins d'embouteillage le dimanche soir sur l’autoroute d’Aix ! C’est ce régime d’exception, sanctionné par le tribunal administratif avec constance, qui fait la fortune des commerçants de Plan. Le projet de compromis douloureusement élaboré par les députés, reporté en ce début d’année, prévoit une formulation étrange qui sauverait cette anomalie. Le travail du dimanche serait légalisé dans les « zones d'usages constatés » ce qui constitue une prime à l’illégalité surprenante. Imaginons la République légalisant tous les « usages constatés ». Le conseil constitutionnel aura certainement son mot à dire sur cette novation.
Mais revenons au fond, l’ouverture du dimanche ne crée pas en soi de valeur, elle en déporte sur les espaces d’exception réglementaire. Et elle a un coût car comme le souligne Philippe Askenazy, elle génère du transport et apporte une concurrence complètement déloyale aux zones non ouvrables et au petit commerce urbain.
Sociétal. Derrière cette antienne de l’ouverture dominicale se profile le vrai débat : celui sur la société que nous voulons. Je suis depuis un quart de siècle un partisan tenace de l’économie de marché, celle qui donne sa chance à chaque compétiteur, celle qui offre le meilleur service au client et lui donne le dernier mot, celle qui est la plus innovante. Mais dire ceci, n’est pas accepter que le marché devienne le tout. Il est un moteur économique incontestable, quand il est libre et régulé. Mais, la société n’a pas à être soumise intégralement au marché, à la concurrence, à l’appropriation individuelle. Il y a des valeurs, des liens, des espaces qui doivent être protégés du marché. Inutile d'énoncer la liste : le lien familial ou amical, le patrimoine, la nature, etc. sont des « biens » qui ne peuvent être assujettis au marché. Ou si le marché y fait sa loi, il le fait mal et génère des dégâts considérables.
Le temps est de cet ordre. Il y a, je reviens à la Genèse, un temps pour le travail et un temps pour le repos, un temps pour les liens marchands et un temps pour la gratuité totale, un temps pour les échanges monétisés, un temps pour le don. Comment peut-on pleurer sur le relâchement du lien familial et accepter que la dérégulation du repos dominical disloque encore plus les familles ? Comment dénoncer les désordres urbains et n’offrir comme perspective aux jeunes que la consommation 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ?
Le temps n’est qu’en apparence une donnée infinie dont on pourrait disposer à loisir. Lorsque l’on parle du repos dominical on parle de la vie, des gens, de femmes et d’hommes qui ont besoin de ce temps ancestralement structuré et structurant en sept jours.
Entre Robespierre et Moïse, il faudra choisir.
Christian Apothéloz
Lire la note de Terra nova
Renforcer le travail dominical : une bataille
idéologique sans objet
Par Olivier Ferrand et Julie Hecker (06/07/2009)
Lire
 
Octobre 2008
Crise morale ?
Rupture morale...

À voir la courbe du CAC 40, qui perd un quart de sa valeur à ce jour en un mois, à voir de belles entreprises perdre 80 % de leur valeur faciale, à écouter chaque jour les conversions et les reconversions des plus grands argentiers, je revis ce 11 septembre 2001 où j’assistais, chez mon coiffeur, rue la République, incrédule, en direct à la chute d’un monde.
Chaque dévissage paraît aussi improbable que le précédent et que le suivant. Jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre comme le 11 septembre dans un immense nuage de poussière.
Nul ne sait où ce tremblement de terre nous conduit, mais contrairement aux Twins towers qui marquaient une rupture historique, un fait inédit, une attaque surprise, cette crise-là était annoncée. Oui, depuis des années de grands économistes comme Joseph Stiglitz, ou plus près de nous les membres du Cercle des économistes(1) ont dit la vanité de cette construction, sa fragilité et son aberration. Des philosophes, comme Olivier Abel ou Patrick Viveret ont pointé les dérives de ce monde déréglé. Sans échos.
Plus même lorsqu‘un petit employé de banque a pu jouer avec 50 milliards d’euros et en perdre 5 on a classé l’affaire dans les faits-divers. Le lampiste Jérôme était « un terroriste » et l’affaire fut remisée sans que l’on s’interroge sur la mécanique infernale qui avait conduit à ce jeu de poker menteur.
À la différence du 11 septembre, les Ben Laden sont dans les tours. Depuis 20 ans, ceux que l’on appelle « les marchés », une entité opaque et erratique, cumulent et accumulent des profits qu'aucune entreprise raisonnable ne peut afficher deux années de suite. Soyons clairs une excellente PME qui fait 8 % de bénéfice est une excellente affaire, 10 % c’est très bien. La rentabilité la bourse elle-même sur le très long terme est de 7 %. Au-delà, nous sommes dans la fiction. Faire croire et exiger des rendements infernaux est un pousse au crime. D’autres que moi en ont détaillé la mécanique. Mais l’histoire économique est sans appel. Conjoncturellement certains peuvent profiter des bulles, des fictions, des aberrations du système, mais tôt ou tard la « valeur » non produite, non assise sur du réel s’effondre. Sauf pour ceux qui ont encaissé à temps*. Nous ne sommes pas vaccinés de cette dérive du capitalisme. La presse s’esbaudit encore devant ceux qui, au milieu du désastre, tirent les marrons à feu.
S’il faut une rupture et un vraie, c’est avec cette économie de pacotille qui n’a à voir ni avec la vie concrète de l’entreprise, ni avec l’exigence du marché lui-même.
Le capitalisme repose sur la morale, Adam Smith n’était pas économiste, mais moraliste.
Trois piliers sont fondamentaux : la confiance, le respect des règles et la transparence. En énonçant ces trois valeurs, chacun voit bien que cette crise est une crise morale, d’abord.
Certains banquiers, qui ont en charge de préserver l’épargne, et des fonds de pension, qui doivent garantir la vieillesse, ont trahi la confiance des épargnants par des aventures plus que douteuses.
Les traders et autres boursicoteurs se sont affranchis des règles prudentielles qu’ils connaissent et que les établissements financiers imposent à leurs propres clients entreprises.
Enfin l’opacité est telle que nul ne peut garantir ce qu’il détient. Une banque ou un fond peuvent receler, dans des produits dits « structurés » ou « dérivés » des Junk bonds pourris (mais bien cotés par Moody's, Standard & Poor's ou Fitch Ratings).
Au risque d’étonner, je revendique donc face à cette crise morale, une rupture morale. Notre économie doit revenir à ses fondamentaux, à la confiance, au respect des règles et à la transparence. Nous devons sortir de cette fiction infernale qui nous tire vers le bas pour rentrer dans la vraie vie, pour remettre le monde à l’endroit, c’est-à-dire sur des fondations éthiques et morales. Morale ne veut pas dire mollesse ! Calvin, dont nous fêterons le 500 à anniversaire en 2009, imposa la rigueur protestante à la République genevoise : le respect des règles n’était pas optionnel, mais les affaires y furent prospères.
Christian Apothéloz
* John Paulson, par exemple, le « sultan des subprimes », a encaissé pas moins de trois milliards de revenus en 2007. Cet ancien de chez Bear Stearns, la banque qui a frôlé la faillite avait anticipé la crise immobilière aux États-Unis. Il a créé progressivement 4 fonds spéculatifs destinés à couvrir le risque de défaillance des titres hypothécaires. Les avoirs de ses fonds sont évalués à 29 milliards de dollars.

Lu dans la presse
Le compteur de la dette américaine est trop petit

Signe des difficultés qu'entraîne la crise financière outre-Atlantique, le compteur de la dette nationale affiché près de Times Square à New York, ne suffit plus à afficher le montant de ce que doivent les USA.
10 149 644 933,872, un chiffre qui ne veut plus dire grand-chose. En lettres, cela donnerait dix mille cent quarante-neuf milliards six cent quarante-quatre millions neuf cent trente-trois mille huit cent soixante-douze dollars. C'est le montant de la dette américaine jeudi 8 octobre.
Ce compteur, installé par le promoteur immobilier Seymour Durst en 1989 pour avertir les Américains de l'endettement de leur nation, comporte 13 cases permettant d'afficher des chiffres de l'encours des USA dans le monde. Lors de l'installation du compteur, en 1989, la dette nationale était en effet d'environ 2 700 milliards de dollars.
Depuis quelques jours, la dette a passé les 10 000 milliards et les 13 chiffres ne suffisent plus. La dernière case à gauche, où figurait le sigle « dollar », a donc été réquisitionnée provisoirement pour afficher un « 1 », en attendant qu'on rallonge le panneau d'une nouvelle case, ce qui devrait être fait d'ici à l'année prochaine.
Comme le souligne Fox News, il faudra aussi bientôt rallonger le montant dû par chaque foyer américain, qui est aujourd'hui de 86 017 dollars.

Février 2008
Daniel, François et la sécurisation parcours professionnels
4,9 milliards ! Le feuilleton de la Société générale n’en finit pas d’alimenter les médias.
Au-delà du mauvais polar, il faut revenir à l’essentiel. Une banque a pu perdre en quelques jours l’équivalent du tiers du paquet fiscal, le tiers du trou de la sécu (12 milliards). Ou le quart des pertes cumulées du Crédit lyonnais (16,8 milliards d’euros, 110 milliards de francs).
La défense de Daniel Bouton accusant Kerviel de « terrorisme » restera dans les annales comme un sommet de la non-communication de crise. La photo de « gendre parfait » publiée depuis accrédite mal la thèse du Jérôme terroriste. Devenu star du Web, il apparaît plus comme un petit joueur pris à son propre piège que comme un grand génie maléfique, comme l’âme d’un vaste complot prémédité.
La machine Société générale a déraillé et son pilote décline ses responsabilités. Pourtant les banques se sont donné des règles de contrôle draconiennes, règles dites de Bâle 2. Chaque client est évalué, son risque calculé, chaque crédit est provisionné en fonction de ce risque et la banque doit y ajuster ses fonds propres. C’était la condition sine qua non d’un système financier mondial saint et équilibré, nous disait-on. Le pays des subprimes n’était pas en reste. La bonne gouvernance imposait de changer toutes les règles du back-office.
Nous contrôlons les crédits pendant que les marchés s’amusent et que les banques cèdent leurs créances contre des titres frelatés.
Nos organismes de contrôle, commission bancaire en tête qui savent faire preuve d’un pointillisme redoutable n’ont rien vu. On ose nous dire que rien n’était visible et que finalement, c’est la faute à « pas de chance ».
On peut donc, dans ce pays, toucher un des meilleurs salaires d’Europe, perdre 7 milliards (eh oui aux 4,9 de Kerviel, il faut ajouter deux milliards de subprimes qui n’ont pas encore trouvé leur terroriste !) et rester dans son fauteuil.
Je ne connais pas M. Daniel Bouton. Et ça l’inquiète depuis longtemps. Lorsque je faisais partie d’un panel de relais d’opinions, un institut de sondage me demandait régulièrement ce que je pensais de M. Daniel Bouton et invariablement, au grand dépit de la téléactrice je répondais : « rien ». Il vient enfin de trouver le moyen, un peu onéreux, d’augmenter sa notoriété et de susciter une opinion. Oui, après un tel le fiasco, il faut qu’il parte. Non parce qu’il est coupable d’une faute, la justice le dira, mais parce qu’il est responsable du désastre et qu’il était payé pour l’éviter, tout simplement. Et il est assez significatif que François Hollande se soit élevé pour défendre Daniel Bouton et demander son maintien au gouvernail. Étonnante défense socialiste un homme peu connu pour ses penchants de gauche, une défense commune de l’irresponsabilité, un syndicat du statu quo. Le numéro un d’un parti politique peut perdre lamentablement plusieurs élections de suite et il reste en place, le numéro un d’une banque peut perdre 7 milliards à l’insu de son plein gré et il reste en place. C’est la sécurisation des parcours professionnels.
Le petit patron, la caissière de Carrefour devront attendre pour bénéficier d’une telle sollicitude. Pour eux, la première erreur entraîne la chute. Il n’y a pas alors de conseil d’administration bienveillant pour refuser un départ ou de comité d’audit pour noyer le poisson.
Car, la situation de M. Daniel Bouton est assez simple. Soit, il ne savait pas qu’un tel détournement de procédure était possible chez lui, il ne savait pas qu’un petit trader avait la capacité de jouer avec 50 milliards. Il n’était donc pas informé de ce qui se passait dans son entreprise. Il doit donc changer de métier, le premier job d’un patron est de savoir ce qui se passe chez lui.
Soit, il savait, ou il faisait semblant de ne pas savoir jusqu’à la chute et il est complice de la défaillance. Dans les deux cas, rien ne justifie la mansuétude de nos autorités de contrôles.
Cette affaire a des effets collatéraux catastrophiques. Comment défendre l’entreprise, le marché, l’initiative, la créativité des entrepreneurs quand des « stars » du CAC 40 donnent une image de gâchis impuni, de mépris des règles, d’irresponsabilité permanente et rémunérée.
Je suis de ceux qui considèrent que le risque mérite salaire, j’ai une réelle admiration pour ceux qui ont su anticiper, inventer, gérer, bouger et entraîner des équipes, faire gagner leur entreprise. Ceux-là, ceux que je reçois chaque semaine sur Radio dialogue méritent le respect et ils méritent leur patrimoine.
L’affaire de la Société générale comme hier celle d’Eads polluent notre économie et entretiennent la défiance pour l’entreprise. C’est un frein à la mobilisation des salariés, des jeunes en particulier dans l’entreprise, donc un frein à la croissance… à transmettre à Jacques Attali.

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