Ouf, le 14 juin dernier les suisses ont à près de 55 % rejeté par référendum une initiative aurait imposé par voie constitutionnelle que « la population résidante permanente de la Suisse ne dépasser pas dix millions de personnes avant l’année 2050 ». Une initiative provocatrice de l’équivalent du RN en Suisse, l’UDC, l’Union démocratique du centre, qui est devenu grâce aux talents et à la fortune (évaluée à 10 milliards €) de Christophe Blocher (fils de pasteur), puis de sa fille Magdalena Martullo-Blocher, le premier parti de Suisse. Nième votation/provocation, puisqu’il suffit de 100 000 signatures pour obtenir un vote national.

Le fonds de commerce, habillé d’une communication toujours percutante et qui se veut humoristique, est toujours la xénophobie, le repli sur une Suisse agraire et la haine de l’Europe. Certes entre 1960 et 2024, la Suisse est passée de 5,33 millions à 9,01 millions d’habitants mais elle est devenue le premier pays au monde pour l’innovation, le troisième pour la performance économique et le pays le plus riche d’Europe. La suisse est donc attractive pour l’ingénieur, le médecin, l’ouvrier du BTP, le serveur, … ou le pasteur.

Mais tous les problèmes du quotidien sont dus à « l’immigration de masse : pénurie de logements et loyers toujours plus chers, bétonnage du paysage, embouteillages et trains bondés, augmentation de la criminalité, système de santé à bout, qualité de l’enseignement scolaire en baisse, impression croissante, pour beaucoup, de ne plus être dans son propre pays ». D’où ce qui est nouveau dans cette votation, c’est, une fois la xénophobie assumée, l’habillage écologique de la question qui est devenue « une initiative pour la durabilité ». Le rejet malthusien des 10 millions d’Helvètes s’est mué en un combat pour « protéger l’environnement et garantir la conservation durable des ressources naturelles et le bon fonctionnement des infrastructures, du système de santé et des assurances sociales ». Un maquillage qui montre la porosité des idées populistes qui ont séduit tout de même 45 % d’un électorat très mobilisé. Et qui pourrait dangereusement faire école ailleurs…
Chronique écrite pour l’Œil de Réforme
