Le journaliste : enquêtes et reportages

Et si la TRACC s’invitait dans votre commune ?

par | 03 mars 2026

Retenez bien cet acro­nyme : la Trajectoire de réchauf­fe­ment de réfé­rence pour l’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique, la TRACC. Et ce qui change tout, c’est que cette TRACC vient d’être été inté­grée dans le Code de l’environnement par décret en Conseil d’État du 23 jan­vier 2026. Ce qui pro­gres­si­ve­ment, mais sûre­ment va impac­ter toutes les poli­tiques locales, tous les docu­ments de pla­ni­fi­ca­tion urbaine et tous les pro­jets d’a­mé­na­ge­ment qui devront inté­grer les fameuses TRACC.

Vénéjan
Soleil à Vénéjan © Apothéloz

Et per­sonne ne pour­ra dire qu’il ne sait pas, car Météo France a mis au point un outil excep­tion­nel et péda­go­gique qui per­met pour chaque com­mune de connaître les pré­vi­sions scien­ti­fiques aux éche­lons de 2030, 2050 et 2100.

Petit rap­pel : La TRACC a été mise en place dans le cadre du nou­veau Plan natio­nal d’adaptation au chan­ge­ment cli­ma­tique (PNACC‑3) publié le 10 mars 2025. Sur la base des tra­vaux des scien­ti­fiques du groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), elle défi­nit le cli­mat auquel la France hexa­go­nale doit se préparer : 

  • + 2 °C en 2030 par rap­port aux niveaux préindustriels
  • + 2,7 °C en 2050 par rap­port aux niveaux préindustriels
  • + 4 °C en 2100 par rap­port aux niveaux préindustriels
TRAJECTOIRE 3

C’est une tra­jec­toire d’adaptation qui se dis­tingue de la tra­jec­toire cli­ma­tique d’atténuation visée par la France en matière de réduc­tion des émis­sions de gaz à effet de serre. Cette der­nière reste ados­sée à l’Accord de Paris : main­te­nir le réchauf­fe­ment pla­né­taire en des­sous de + 2 °C (et si pos­sible de + 1,5 °C) par rap­port à la période pré­in­dus­trielle (1850 – 1900). Cependant les ten­dances actuelles en matière d’émissions mon­diales de gaz à effet de serre induisent un risque de dépas­se­ment des limites de l’accord qu’on ne peut pas igno­rer et auquel il est néces­saire de se préparer.

S’intégrer dans tous les documents de planification

tracc climat 2100

La TRACC pour­suit trois finalités :

  • Mettre à jour les normes et régle­men­ta­tions : tous les réfé­ren­tiels tech­niques (bâti­ment, trans­port, éner­gie, ges­tion des risques natu­rels) doivent pro­gres­si­ve­ment inté­grer ces pro­jec­tions climatiques.
  • Accompagner les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales : les docu­ments locaux de pla­ni­fi­ca­tion doivent désor­mais inté­grer la TRACC pour adap­ter les stra­té­gies territoriales.
  • Aider les entre­prises : chaque sec­teur éco­no­mique peut s’ap­puyer sur ces don­nées pour éva­luer sa vul­né­ra­bi­li­té et éla­bo­rer des plans d’adaptation.
TRAJECTOIRE tracc 0

Rassurez-vous cette tra­jec­toire va s’intégrer dans tous les docu­ments de pla­ni­fi­ca­tion per­ti­nents, mais sans lui confé­rer tout de suite un carac­tère auto­ma­ti­que­ment oppo­sable. Son adop­tion n’en­traî­ne­ra pas de nou­velles obli­ga­tions, tant que les régle­men­ta­tions sec­to­rielles n’au­ront pas été mises à jour. L’intégration de la TRACC dans ces régle­men­ta­tions sec­to­rielles se fera gra­duel­le­ment, mais sûrement.

Et à Marseille ?

Pour exemple nous publions en docu­ment source les chiffres de la métro­pole mar­seillaise. C’est un jeu d’en­fant que de choi­sir l’é­chéance sou­hai­tée, nous avons pri­vi­lé­gié 2050.

Marseille ports croisières Grand Littoral
Le Port de Marseille © Apothéloz

En pré­am­bule vous appre­nez que les Risques natu­rels mar­seillais iden­ti­fiés selon Géorisque sont « les Inondations, la remon­tée de nappe, les risques côtiers, les mou­ve­ments de ter­rain, le retrait et gon­fle­ment des argiles, et les feux de forêt avec une grande sen­si­bi­li­té au phé­no­mène d’î­lots de cha­leur urbains ».

La tem­pé­ra­ture moyenne en été, prend plus de 2°, pas­sant de 22,9° à 25,1°, une hausse qui est dans la moyenne fran­çaise. Ceci est une valeur médiane atten­due, le gra­phique per­met de visua­li­ser les bornes infé­rieure et supé­rieure de l’in­ter­valle de confiance à 90 %.

Ça chauffe, mais la pluie se fait plus rare avec une atté­nua­tion aux quatre sai­sons d’un jour en moins de pré­ci­pi­ta­tions par an.

Le niveau moyen de la mer prend 24 cm en valeur médiane : allez véri­fier sur le Vieux port ce que cela signi­fie, car c’est une valeur médiane qui monte à 34 cm en valeur haute.

Le risque de feux de forêts aug­mente sin­gu­liè­re­ment pas­sant de 32 jours à risque à 40 en valeur médiane. (Un jour est consi­dé­ré à « risque signi­fi­ca­tif de feu de végé­ta­tion » lorsque l’Indice Forêt Météo (IFM) est supé­rieur à 40. Cet indice per­met d’évaluer dans quelle mesure les condi­tions météo­ro­lo­giques sont favo­rables au déclen­che­ment et à la pro­pa­ga­tion des feux.)

Le nombre de jours avec un sol sec est à la hausse ce qui aggrave les risques de dom­mages aux bâti­ments en lien au retrait/gonflement des argiles. (Cf. effon­dre­ments rue d’Aubagne) et le main­tien des espaces verts et jardin.

90 nuits chaudes en 2050

La cha­leur sup­por­tée va deve­nir plus sen­sible avec des impacts sur la tem­pé­ra­ture dans les bureaux, les écoles et les appar­te­ments. Nous avons un risque de 6 jours dépas­sant les 35° et sur­tout, ce qui impacte, le som­meil et la san­té le pas­sage de 51 nuits chaudes à 90 en valeur médiane.

Pomeyrol avril 2023
Soleil dans les Alpilles © Apothéloz

Enfin il fau­dra s’habituer aux vagues de cha­leur longues, celles qui durent plus de 5 jours avec une tem­pé­ra­ture maxi­male quo­ti­dienne qui excède de 5° la nor­male. Nous n’en n’avons sta­tis­ti­que­ment aucune aujourd’hui, les Marseillais en vivront entre 5 et 12 en 2050.

Telles sont les conte­nus très péda­go­giques mis à jour par Météo-France et cha­cun peut aller tes­ter sa com­mune dans l’ap­pli­ca­tion Climatdiag, les résul­tats sont évi­dem­ment dif­fé­rents entre Mimet, Simiane, Aix-en-Provence ou Cassis.

Imaginer ce qui pour­rait se pas­ser per­met­tra quand même de contrer une par­tie des pro­blèmes, et ren­for­ce­ra par ailleurs notre envie de voir le chan­ge­ment cli­ma­tique limi­té au maxi­mum (Jean-Marc Jancovici)

Si nos can­di­dats veulent être sérieux, ils devraient pas­ser au crible de ces pré­vi­sions tous leurs pro­jets. Les puits de cha­leur, la tem­pé­ra­ture des écoles, le rafraî­chis­se­ment des loge­ments, le ver­dis­se­ment de la ville, ne sont plus des options.

Suisse col faucille 2013
Le Mont Blanc vu du Col de la Faucille : la fonte des gla­ciers est pal­pable © Apothéloz 

Jean-Marc Jancovici met en garde sur LinkedIn : « Est-ce que cela signi­fie que nous allons pou­voir assu­rer la conti­nui­té de tout ce que nous fai­sons actuel­le­ment dans le pays ? La réponse est mal­heu­reu­se­ment non. Quelles que soient les mesures que nous pren­drons, un tel niveau de réchauf­fe­ment signi­fie des dom­mages irré­mé­diables. Certaines cultures ne seront plus pos­sibles et les autres vont bais­ser en ren­de­ment, une par­tie des forêts va dis­pa­raître, l’eau devien­dra moins dis­po­nible l’é­té, des mala­dies nou­velles vont émer­ger, des appar­te­ments devien­dront invi­vables l’é­té même après tra­vaux, cer­taines infra­struc­tures de trans­port seront détruites, et j’en passe. »

« Malgré tout cela, la publi­ca­tion de cette TRACC est une très bonne chose. Imaginer ce qui pour­rait se pas­ser per­met­tra quand même de contrer une par­tie des pro­blèmes, et ren­for­ce­ra par ailleurs notre envie de voir le chan­ge­ment cli­ma­tique limi­té au maxi­mum. Il va fal­loir y aller de toute façon. Alors plus nous le ferons tôt et alors que nous avons encore des moyens, et mieux on se portera ! »

À vous de juger ce qu’il en est de cette inté­gra­tion de la TRACC dans le pro­gramme de vos candidats !

Article rédi­gé pour Gomet’ 

Partager