Retenez bien cet acronyme : la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique, la TRACC. Et ce qui change tout, c’est que cette TRACC vient d’être été intégrée dans le Code de l’environnement par décret en Conseil d’État du 23 janvier 2026. Ce qui progressivement, mais sûrement va impacter toutes les politiques locales, tous les documents de planification urbaine et tous les projets d’aménagement qui devront intégrer les fameuses TRACC.

Et personne ne pourra dire qu’il ne sait pas, car Météo France a mis au point un outil exceptionnel et pédagogique qui permet pour chaque commune de connaître les prévisions scientifiques aux échelons de 2030, 2050 et 2100.
Petit rappel : La TRACC a été mise en place dans le cadre du nouveau Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC‑3) publié le 10 mars 2025. Sur la base des travaux des scientifiques du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), elle définit le climat auquel la France hexagonale doit se préparer :
- + 2 °C en 2030 par rapport aux niveaux préindustriels
- + 2,7 °C en 2050 par rapport aux niveaux préindustriels
- + 4 °C en 2100 par rapport aux niveaux préindustriels

C’est une trajectoire d’adaptation qui se distingue de la trajectoire climatique d’atténuation visée par la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cette dernière reste adossée à l’Accord de Paris : maintenir le réchauffement planétaire en dessous de + 2 °C (et si possible de + 1,5 °C) par rapport à la période préindustrielle (1850 – 1900). Cependant les tendances actuelles en matière d’émissions mondiales de gaz à effet de serre induisent un risque de dépassement des limites de l’accord qu’on ne peut pas ignorer et auquel il est nécessaire de se préparer.
S’intégrer dans tous les documents de planification

La TRACC poursuit trois finalités :
- Mettre à jour les normes et réglementations : tous les référentiels techniques (bâtiment, transport, énergie, gestion des risques naturels) doivent progressivement intégrer ces projections climatiques.
- Accompagner les collectivités territoriales : les documents locaux de planification doivent désormais intégrer la TRACC pour adapter les stratégies territoriales.
- Aider les entreprises : chaque secteur économique peut s’appuyer sur ces données pour évaluer sa vulnérabilité et élaborer des plans d’adaptation.

Rassurez-vous cette trajectoire va s’intégrer dans tous les documents de planification pertinents, mais sans lui conférer tout de suite un caractère automatiquement opposable. Son adoption n’entraînera pas de nouvelles obligations, tant que les réglementations sectorielles n’auront pas été mises à jour. L’intégration de la TRACC dans ces réglementations sectorielles se fera graduellement, mais sûrement.
Et à Marseille ?
Pour exemple nous publions en document source les chiffres de la métropole marseillaise. C’est un jeu d’enfant que de choisir l’échéance souhaitée, nous avons privilégié 2050.

En préambule vous apprenez que les Risques naturels marseillais identifiés selon Géorisque sont « les Inondations, la remontée de nappe, les risques côtiers, les mouvements de terrain, le retrait et gonflement des argiles, et les feux de forêt avec une grande sensibilité au phénomène d’îlots de chaleur urbains ».
La température moyenne en été, prend plus de 2°, passant de 22,9° à 25,1°, une hausse qui est dans la moyenne française. Ceci est une valeur médiane attendue, le graphique permet de visualiser les bornes inférieure et supérieure de l’intervalle de confiance à 90 %.
Ça chauffe, mais la pluie se fait plus rare avec une atténuation aux quatre saisons d’un jour en moins de précipitations par an.
Le niveau moyen de la mer prend 24 cm en valeur médiane : allez vérifier sur le Vieux port ce que cela signifie, car c’est une valeur médiane qui monte à 34 cm en valeur haute.
Le risque de feux de forêts augmente singulièrement passant de 32 jours à risque à 40 en valeur médiane. (Un jour est considéré à « risque significatif de feu de végétation » lorsque l’Indice Forêt Météo (IFM) est supérieur à 40. Cet indice permet d’évaluer dans quelle mesure les conditions météorologiques sont favorables au déclenchement et à la propagation des feux.)
Le nombre de jours avec un sol sec est à la hausse ce qui aggrave les risques de dommages aux bâtiments en lien au retrait/gonflement des argiles. (Cf. effondrements rue d’Aubagne) et le maintien des espaces verts et jardin.
90 nuits chaudes en 2050
La chaleur supportée va devenir plus sensible avec des impacts sur la température dans les bureaux, les écoles et les appartements. Nous avons un risque de 6 jours dépassant les 35° et surtout, ce qui impacte, le sommeil et la santé le passage de 51 nuits chaudes à 90 en valeur médiane.

Enfin il faudra s’habituer aux vagues de chaleur longues, celles qui durent plus de 5 jours avec une température maximale quotidienne qui excède de 5° la normale. Nous n’en n’avons statistiquement aucune aujourd’hui, les Marseillais en vivront entre 5 et 12 en 2050.
Telles sont les contenus très pédagogiques mis à jour par Météo-France et chacun peut aller tester sa commune dans l’application Climatdiag, les résultats sont évidemment différents entre Mimet, Simiane, Aix-en-Provence ou Cassis.
Imaginer ce qui pourrait se passer permettra quand même de contrer une partie des problèmes, et renforcera par ailleurs notre envie de voir le changement climatique limité au maximum (Jean-Marc Jancovici)
Si nos candidats veulent être sérieux, ils devraient passer au crible de ces prévisions tous leurs projets. Les puits de chaleur, la température des écoles, le rafraîchissement des logements, le verdissement de la ville, ne sont plus des options.
Jean-Marc Jancovici met en garde sur LinkedIn : « Est-ce que cela signifie que nous allons pouvoir assurer la continuité de tout ce que nous faisons actuellement dans le pays ? La réponse est malheureusement non. Quelles que soient les mesures que nous prendrons, un tel niveau de réchauffement signifie des dommages irrémédiables. Certaines cultures ne seront plus possibles et les autres vont baisser en rendement, une partie des forêts va disparaître, l’eau deviendra moins disponible l’été, des maladies nouvelles vont émerger, des appartements deviendront invivables l’été même après travaux, certaines infrastructures de transport seront détruites, et j’en passe. »

« Malgré tout cela, la publication de cette TRACC est une très bonne chose. Imaginer ce qui pourrait se passer permettra quand même de contrer une partie des problèmes, et renforcera par ailleurs notre envie de voir le changement climatique limité au maximum. Il va falloir y aller de toute façon. Alors plus nous le ferons tôt et alors que nous avons encore des moyens, et mieux on se portera ! »
À vous de juger ce qu’il en est de cette intégration de la TRACC dans le programme de vos candidats !
Article rédigé pour Gomet’
