Le journaliste : déblog'notes

L’hypocrisie généralisée autour de Shein

par | 03 mars 2026

Le tra­vail d’ex­ploi­ta­tion, le doping com­mer­cial de Shein, Temu et autres enseignes chi­noises sont révol­tants et condam­nables. Mais il est bien tard pour s’a­per­ce­voir que nous avons délé­gué à la Chine la fabri­ca­tion des biens de notre quo­ti­dien, sur­tout le tex­tile. Le 1er jan­vier 2005, jour de la fin des quo­tas a ouvert les portes du monde aux pro­duits asia­tiques. Fin 2004 tout ce que la France compte d’a­che­teurs inter­na­tio­naux, les grandes sur­faces et les belles enseignes du prêt-à-porter, (qui tombent en faillite les unes après les autres) étaient en embus­cade à Shanghai, prêts à rem­plir les conte­neurs, pour inon­der le mar­ché européen.

Déshabillez-vous, ! Regardez une à une les éti­quettes de vos vête­ments. Votre t‑shirt vient peut-être du Bangladesh, votre jean de Tunisie, votre veste de Turquie, et si vous avez fait un effort en ache­tant chez Manga, Décathlon ou Zara, il y a quelques pro­duits venant du Maroc. Tout le reste est chinois.

Toute la mode enfan­tine, tout le prêt-à-porter est aujourd’­hui fabri­qué en Asie. La seule dif­fé­rence, à ce jour est que les Chinois ont déci­dé de court-circuiter des inter­mé­diaires qui se gavaient entre Shanghai et Paris. Ils passent en direct au consom­ma­teur fran­çais, ils peuvent ain­si lui vendre un cos­tume de mariage à 22,50 €, (même pas le prix des boutonnières).

Ce sour­cing chi­nois contri­bue lar­ge­ment à notre niveau de vie et si nous vou­lions reve­nir à une tenue tota­le­ment made in France, il fau­drait mul­ti­plier au moins par cinq le bud­get de notre garde-robe. C’est vrai pour la mode, les maté­riaux de bri­co­lage, l’élec­tro­mé­na­ger ou le numé­rique. Le loge­ment, l’éner­gie, la nour­ri­ture ont pris des ascen­sions infla­tion­nistes dans nos bud­gets parce qu’ils ne sont pas délo­ca­li­sables. Si nous vou­lions être sin­cères dans notre dénon­cia­tion de Shein, il fau­drait expli­quer objec­ti­ve­ment que cela impli­que­rait une baisse dras­tique de notre niveau de vie et du confort de nos mai­sons. Y serions-nous prêts ?

Article écrit pour lœil de Réforme le 8 jan­vier 2026

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