Les réactions aux obsèques du pape François, comme les pronostics sur son successeur font apparaître un paysage pour le moins hétérogène du peuple catholique de France. Et nous entretenons avec cette église un lien dialectique et freudien, Nous nous sommes constitués depuis le XIXe siècle avec le concordat depuis le 20e avec la laïcité, avec et contre les catholiques. Mais ils n’ont plus rien à voir au XXIe siècle avec ce que le décorum nous laisse croire. La sociologue Danièle Hervieu-Léger souligne dans un article (paru dans Lumen Vitæ) « que les catholiques pratiquants, depuis le milieu des années 1950, n’ont pas cessé de s’amenuiser, jusqu’à ne plus représenter aujourd’hui que 1,2 % de la population française, dont moins de la moitié désormais déclare encore une appartenance, au moins nominale, à l’Église romaine. »

D’une église dominante et dominatrice nous sommes passés à une institution bousculée, éclatée souvent illisible et sur la défensive. L’Église catholique ne s’est pas simplement réduite, miniaturisée, elle a profondément muté. Et pour avoir pendant 15 ans au sein de la radio œcuménique de Marseille côtoyé sa hiérarchie (un certain Jean-Marc Aveline) comme ses simples croyants, j’ai découvert des catholiques étonnamment libres, post-œcuméniques, fidèles, mais distants avec leurs autorités, loin de l’image verticale que les 100 mitrés réunis à Lourdes, l’assemblée des évêques romains, peuvent donner avec leurs prétentions à vouloir gouverner l’amour et la foi, l’éthique et le sexe, la mort et la société.

Oui, il y a dans ce peuple catholique des ferments de réforme, des façons de bouger, des mises en mouvement, souvent plus audacieuses que dans notre propre église, trop introvertie et assurée de sa justesse définitivement réformée.
Ecrit pour l’Oeil de Réforme le 5 mai 2025
