Ego sum : le protestant

Interview de Christian Apothéloz : la re-conversion ou le long chemin du retour à Dieu

par | 05 novembre 1996

Article paru dans le maga­zine men­suel régio­nal pro­tes­tant Échanges.

46 ans, marié, jour­na­liste, actif dans sa ville de Marseille, Christian Apothéloz ne met pas son pro­tes­tan­tisme dans sa poche. Et pour­tant, pen­dant 20 ans, il a oublié Dieu, et n’est reve­nu à la foi que très récem­ment. Questions sur un itinéraire.

Vous avez eu une édu­ca­tion pro­tes­tante ?
Oui, j’ai sui­vi le caté­chisme, je suis pas­sé par le scou­tisme et les clubs de jeunes de la fin des années soixante. J’étais très enga­gé et je crois que cer­tains conseillers pres­by­té­raux m’auraient bien vu pasteur !

Et pour­tant, vous vous éloi­gnez de l’église…
Je suis né avec le milieu du siècle et mai 68 m’a beau­coup mar­qué. J’ai per­du le fil avec ceux qui avaient accom­pa­gné mon ado­les­cence pro­tes­tante. Je n’ai jamais eu de contact avec des étu­diants pro­tes­tants, j’ai un moment fré­quen­té les jécistes et la paroisse étu­diante catho… Et je me suis éloi­gné de la foi. Je me suis enga­gé avec convic­tion dans les mou­ve­ments sociaux et poli­tiques de l’après mai 68, le PSU, puis le maoïsme. J’avais un sys­tème d’explication du monde où Dieu n’avait plus sa place. Je croyais en l’homme, en son deve­nir, en sa capa­ci­té à se transcender.

Christian en Chine 1975
Visite en Chine accueilli par le par­ti com­mu­niste chi­nois : Pattes d’é­lé­phants et illusions…

Qu’est-ce qui vous a fait chan­ger de che­min ?
Ce fut très long. Avec les années quatre-vingt, l’échec de nos grands pro­jets de trans­for­ma­tion de la socié­té est deve­nu patent. Et puis, le rideau s’est levé sur les pays que l’on croyait déli­vrés de l’exploitation, comme la Chine. Un monde, s’est effon­dré, les réfé­rences ont cha­vi­ré. J’ai choi­si alors d’être plus témoin qu’acteur. Comme le disait Jean Lacouture, “Nous étions des jour­na­listes mili­tants, nous sommes deve­nus des mili­tants du journalisme”.

Ce n’était pas encore le che­min de la foi…
Non, il fal­lait digé­rer l’échec, admettre mes limites, les limites de l’homme. J’avais été de ce cou­rant, sym­bo­li­sé par Frères du monde, et Jean Cardonnel, qui magni­fie tel­le­ment l’action humaine que l’on se croit, indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment capables d’absolu. Il fau­dra des évé­ne­ments per­son­nels qui me bous­culent, des chocs pour que je regarde le monde et l’homme avec plus d’humilité.

Devenir humble, c’est une condi­tion pour croire ?
Il faut avoir conscience de ses limites, il faut accep­ter de dire, “je doute”, accep­ter de ne pas savoir, accep­ter de s’en remettre à Dieu. Sans pour autant renon­cer à faire, à agir, à vivre un effort col­lec­tif. Mais en recon­nais­sant que tout homme porte en lui le bien et le mal, qu’il est capable du pire, comme du meilleur.

Est-il facile de reve­nir dans une église que l’on n’a pas fré­quen­tée depuis sa jeu­nesse ?
J’ai d’abord repris contact avec mon ancien pas­teur, Louis Spiro, un homme d’une grande jeu­nesse, il avait plus de 80 ans, qui m’a par­lé de lui pour me par­ler de moi. Puis je suis retour­né à un culte dans les Alpes. Une petite paroisse, un pas­teur ins­pi­ré. Ce pre­mier pas m’a inci­té à faire le second. Je suis allé au temple de Grignan à Marseille. Et je suis tom­bé sur un culte avec bap­tême d’adulte, une salle comble, une céré­mo­nie émou­vante. Après, j’ai pris contact et je prends peu à peu place dans la vie de l’église. Mais j’avoue que si j’étais tom­bé sur un culte à l’assistance famé­lique, aux psaumes caco­pho­niques et à la pré­di­ca­tion hasar­deuse, je ne répon­drais peut-être pas à vos ques­tions ! Connaissant aujourd’hui mieux nos paroisses, je crois que Dieu m’a tenu la main !

Vous sentez-vous inté­gré main­te­nant ?
Surtout pas ! Je me sens bien dans le pro­tes­tan­tisme, dans cette manière d’être qui nous fait tou­jours nous inter­ro­ger. Mais je veux gar­der ce regard de l’extérieur, le regard de celui qui est un peu dehors. Cette attente que j’avais, ce ques­tion­ne­ment, cette quête de sens, sont par­ta­gés par nos contem­po­rains. Comment y répondre si nous ne sommes pas plus ouverts, plus atten­tifs, au sens de celui “qui attend l’autre”, plus “enten­tifs”, comme on disait en ancien français.

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