Ego sum : le protestant

Municipales 2008 : 7 constats, 7 questions des protestants

par | 2 février 2008

Depuis fin 2007, les Protestants des paroisses réfor­mées de Marseille réflé­chissent à l’échéance muni­ci­pale.
Si dans la tra­di­tion de grande liber­té du pro­tes­tan­tisme fran­çais, il est hors de ques­tion de dic­ter son vote à qui que ce soit, il est natu­rel que le Chrétien s’interroge à la veille d‘une échéance poli­tique majeure pour notre Cité.
La foi et les valeurs qui nous animent nous conduisent à por­ter un constat, à poser des ques­tions sur Marseille et son deve­nir. Pour par­ta­ger ces ques­tion­ne­ments le Consistoire de l’Arc pho­céen et le Comité pro­tes­tant de veille civique Pro Cité ont adres­sé le 22 février 2008 sept ques­tions des Protestants aux can­di­dats des muni­ci­pales 2008.

Chaque citoyen de notre cité est concer­né et à ce titre se forge une opi­nion. Nos paroisses n’ont pas à se sub­sti­tuer à l’indispensable réflexion de cha­cun. Mais il est natu­rel que le Chrétien s’interroge à la veille d‘une échéance poli­tique majeure pour notre Cité. La foi et les valeurs qui nous animent nous conduisent à por­ter un constat, à poser des ques­tions sur Marseille et son deve­nir, sept constats et sept ques­tions. Nous vou­lons par­ta­ger ce qui dans notre métro­pole inter­pelle le Chrétien.

CONSTAT 1

La pau­vre­té touche plus d’un Marseillais sur huit (140 000 de nos conci­toyens vivent en des­sous du seuil de pau­vre­té). La capi­tale régio­nale a retrou­vé les cou­leurs de la crois­sance, mais elle laisse un de ses enfants sur dix au moins au bord du che­min. Les jeunes sont en mal de repères pour tra­cer leur che­min de vie.

Comment remettre en mou­ve­ment, dans le res­pect de la per­sonne et dans un par­cours d’emploi, ceux qui en sont exclus ? Comment adop­ter une approche glo­bale qui prenne en compte le sur­en­det­te­ment, les dépla­ce­ments, la garde des enfants, la com­plexi­té des pro­blèmes tant fami­liaux que psychologiques ?

CONSTAT 2

Les rela­tions entre les habi­tants de la ville se dégradent. Incivilités, incom­pré­hen­sion, replis, agres­si­vi­té, mépris réci­proque, indif­fé­rence. « L’ambiance » n’est pas tou­jours à la fête. Le risque est de pas­ser du face-à-face à l’affrontement.

Comment remettre de la média­tion, du res­pect, de l’autorité dans la Cité ? (L’autorité n’étant natu­rel­le­ment pas la figure de la menace ou de la répres­sion, mais du res­pect ferme du bien com­mun et du vivre ensemble.) Comment créer des lieux, des média­teurs, des temps, des espaces de paroles ?

CONSTAT 3

Le pou­voir est deve­nu invi­sible, les res­pon­sables inat­tei­gnables, les déci­sions sont de plus en plus com­plexes. Personne ne sait plus à qui s’adresser pour résoudre les pro­blèmes de la vie quotidienne.

Comment retrou­ver de la proxi­mi­té et de la res­pon­sa­bi­li­té dans une ville qui devient une socié­té ano­nyme ? Comment iden­ti­fier les leviers de chan­ge­ment, com­ment don­ner les clefs de la Cité aux citoyens ?

CONSTAT 4

Les per­sonnes âgées vivent plus que d’autres une exclu­sion de la vie sociale. Souvent iso­lées, can­ton­nées dans des rési­dences fer­mées ou loin­taines, elles par­ti­cipent peu à la vie sociale. Les ser­vices qui accom­pagnent la fin de vie sont encore embryon­naires et les lieux d’accueil peu accueillants.

Comment faire du troi­sième et qua­trième âge un acteur de la cité ? Comment alors que nous gagnons trois mois d’espérance de vie par an, construire une ville de coha­bi­ta­tion des géné­ra­tions ? Comment construire du lien inter­gé­né­ra­tion­nel, des actions, des lieux intergénérationnels ?

CONSTAT 5

Malgré les récentes inau­gu­ra­tions de trans­ports en com­mun, le tram, sou­hai­table, la cir­cu­la­tion dans la ville reste un cau­che­mar. Des quar­tiers entiers demeurent encla­vés et ce sont tou­jours les plus dému­nis qui sont cloî­trés lorsque les trans­ports col­lec­tifs font défaut. Plus grave la cir­cu­la­tion, entre les quar­tiers eux-mêmes, est impos­sible, les trans­ports sont mono­cen­trés et ne favo­risent pas la mobi­li­té en par­ti­cu­lier dans la recherche d’un emploi. Il est plus facile d’aller de Saint Antoine à Vitrolles que de Sainte Marthe à la Soude !

Comment créer une ville où l’on cir­cule et où l’ac­ti­vi­té de tous pro­fite à tous ?

CONSTAT 6

Le loge­ment est pour les jeunes ménages, pour les sans-emploi un des drames de notre ville. Le ren­ché­ris­se­ment de l’immobilier a relan­cé la construc­tion, mais la construc­tion de loge­ment est hors de por­tée des bourses moyennes et modestes. Marseille risque de connaître comme dans les années soixante un nou­vel exode de ses forces vives. Le parc social ne joue plus son rôle, Marseille est au bord d’une frac­ture dans l’habitat et exclut une part de sa popu­la­tion du simple droit d’habiter la ville.

Comment maî­tri­ser l’inflation immo­bi­lière et arrê­ter l’explosion des coûts ? Comment construire autre­ment, pour l’homme pour une vie de quar­tier, pour une meilleure rela­tion entre habi­tants ? Comment offrir à nos jeunes actifs, aux mil­liers de deman­deurs, un loge­ment décent et accessible ?

CONSTAT 7

Les Marseillais ont du mal à s’accepter divers, dif­fé­rents, sou­vent « étran­gers » de fraîche date. Entre la nos­tal­gie d’une ville qui n’a jamais exis­té, celle d’un “entre nous” mythique, et la consti­tu­tion de quar­tiers de l’entre-soi, il y a un autre modèle ou comme nous le dit la Bible, la figure de l’Autre est cen­trale et l’étranger notre com­mune des­ti­née. « L’Autre n’est que l’Autre et pas un semblable ».

Comment construire une iden­ti­té mar­seillaise com­mune au-delà des cli­chés ? Comment racon­ter une même his­toire, celle d’une ville faite des migra­tions de tous les pays en conflit, celle des exi­lés du Nord et du Sud, celle des ren­contres et des croi­se­ments ? Comment ins­crire les his­toires indi­vi­duelles, fami­liales, com­mu­nau­taires dans une his­toire commune ?