Ego sum : le protestant

Presbytéro-synodal ou anarcho-basique ?

par | 3 mars 1999

Courrier de lec­teur envoyé à la presse pro­tes­tante.

Nous sommes très fiers de cette inven­tion étrange qui régit nos paroisses, nos synodes et notre com­mu­nau­té pro­tes­tante. Ce sys­tème, dit presbytéro-synodal, repose sur la non-délégation de pou­voir. Une non-délégation totale, abso­lue, inté­grale, qui fait que le pré­sident du conseil pres­by­té­ral, de la région, de l’église réfor­mée, de la fédé­ra­tion pro­tes­tante est sta­tu­tai­re­ment, tra­di­tion­nel­le­ment et déli­bé­ré­ment sans pou­voir. Car l’assemblée vote pour lui, mais ne délègue pas son pou­voir. Le pré­sident est une sorte de porte-parole sans parole, qui doit en per­ma­nence s’en remettre à son assem­blée pour agir et qui finit par ne plus agir, tant la machine est infer­nale.
Nous sommes aux anti­podes de la démo­cra­tie. La base de la démo­cra­tie est la délé­ga­tion. Dans nos églises pro­tes­tantes, nous pra­ti­quons une démo­cra­tie for­melle et une irres­pon­sa­bi­li­té réelle. Le man­dat en démo­cra­tie s’abstrait du vote qui l’a fait naître. Le « man­da­té » est homme libre, qui fort de son élec­tion a l’audace de la parole et de l’action. Au risque de se trom­per et de ne pas être réélu. Lorsque l’assemblée des Chrétiens d’Hippone contraint Augustin à deve­nir évêque, nous sommes en démo­cra­tie chré­tienne. Mais cette même assem­blée ne lui dicte pas ses Confessions.
Au lieu de cette élé­men­taire pra­tique de la démo­cra­tie res­pon­sable et trans­pa­rente, nous res­tons dans le non-dit. Nos pré­si­dents font, sans le dire, pour ceux qui ont envie de faire. D’autres collent tant à leur base élec­to­rale qu’ils ont renon­cé à l’élever. Nous avons inven­té l’immobilisme démo­cra­tique, bap­ti­sé sys­tème presbytéro-synodal.
Si nous pas­sions à la démo­cra­tie, à la délé­ga­tion de notre pou­voir à des hommes de foi et de cou­rage. Il nous faut des pas­teurs, des évêques, des pré­si­dents qui conduisent, qui dirigent, qui impulsent et innovent. Je ne suis pas sûr que Moïse aurait eu une majo­ri­té au synode pour détruire le veau d’or, je ne suis pas sûr que Jésus aurait été élu pour chas­ser les mar­chands du temple et je ne suis pas sûr que Paul aurait été recon­duit après ses épîtres.
Nous avons su, il y a quatre siècles reje­ter un sys­tème tra­di­tion­nel qui fon­dait toute l’autorité de l’é­glise sur la tra­di­tion et l’autocratie. Saurons-nous, remettre en cause une tra­di­tion basiste qui nous conduit à la sté­ri­li­té évangélique ?

Christian Apothéloz