Le journaliste : déblog'notes

CJD : la leçon de civisme des jeunes entrepreneurs

par | 2 février 2020

Le Centre des jeunes diri­geants a vou­lu cla­ri­fier les enjeux des muni­ci­pales 2020 à Marseille ; il a orga­ni­sé jeu­di 30 jan­vier en soi­rée, au Village club du soleil de la Belle de mai une soi­rée de confron­ta­tion des can­di­dats républicains.

CJD Municipales 2020
Le CJD a réuni un pla­teau équi­li­bré et plu­tôt consen­suel : Sébastien Barles pour Debout Marseille, Ludovic Perney, pour Bruno Gilles, Maître François de Cambiaire pour Samia Ghali, Stéphane Sotto pour Martine Vassal et le pro­fes­seur Yvon Berland pour Voir loin agir vite.

Pas ques­tion de convo­quer les extrêmes et pour ne pas dis­per­ser le débat, seuls les cinq pre­miers ayant répon­du à l’invitation ont eu droit à la parole. Deux chefs de files étaient per­son­nel­le­ment pré­sents : Yvon Berland et Sébastien Barles. Martine Vassal avait délé­gué Stéphane Sotto, Bruno Gilles son jeune can­di­dat dans le 6 août Ludovic Perney, conseiller régio­nal, et Samia Ghali avait, au pied levé, envoyé l’avocat François de Cambiaire.

Les deux can­di­dats têtes de liste qui avaient fait le choix de pas­ser la soi­rée dans l’ancienne mater­ni­té de la Belle-de-Mai qui a vu naître 250 0000 petits mar­seillais, sortent évi­dem­ment avan­ta­gés de cette confron­ta­tion. Stéphane Sotto est très à l’aise sur les pro­blé­ma­tiques de déve­lop­pe­ment éco­no­mique et numé­rique, en phase avec les JD, mais il n’a pas encore endos­sé les habits d’homme politique.

Notons deux absents dans ce débat. D’abord le bilan : les deux repré­sen­tants des héri­tiers de l’ère Gaudin ne reven­diquent pas les bien­faits des 24 années de ges­tion pas­sée, bien au contraire, cha­cun fait assaut d’une volon­té de réno­va­tion, de trans­for­ma­tion, comme si Bruno Gilles et Martine Vassal étaient neufs en poli­tique. « C’est une nou­velle ère qui s’ouvre » reven­dique Stéphane Sotto. Second absent : la métro­pole qui a pour­tant les moyens et les com­pé­tences de tous les sujets abor­dés pen­dant la soi­rée et dont per­sonne n’a abor­dé les ques­tions de pilo­tage, de gou­ver­nance et de choix stratégiques.

Tous reven­diquent l’éthique et la trans­pa­rence même si le public tous­sote un peu lorsque les can­di­dats sont men­tion­nés dans des enquêtes en cours du par­quet natio­nal finan­cier ou des rap­ports de la chambre régio­nale des comptes. Tous veulent aus­si à des degrés divers des bud­gets par­ti­ci­pa­tifs, du dia­logue construc­tif et de la coconstruction.

François de Cambiaire repré­sen­tants de Samia Ghali, s’il est très cri­tique sur les 70 ans pas­sés, a des pro­po­si­tions qui sont sou­vent à côté de la réa­li­té, comme celle d’une agence fon­cière alors que l’agence fon­cière régio­nale peut faire le job, la pro­po­si­tion d’infrastructures pour la créa­tion d’entreprise, comme si Marseille n’avait pas de pépi­nières ou d’une chambre de com­merce de la Méditerranée qui existe depuis des décen­nies. Il dénonce « une ville en faillite », reven­dique un retour à l’autorité, un ser­vice public qui fonc­tionne, et place en prio­ri­té le com­bat pour « réduire la frac­ture entre le Nord et le Sud », en lut­tant contre la pauvreté.

Ludovic Perney veut lui aus­si des choses qui existent comme le gui­chet unique, antienne de la poli­tique locale éco­no­mique. Il sou­haite la mise en place comme à la Région d’un conseil muni­ci­pal des jeunes et d’un conseil des sages. « Nous ne vou­lons pas moins de riches mais moins de pauvres », dit-il.

Stéphane Sotto pré­sente le résul­tat des réflexions des 400 experts réunis par Martine Vassal pour éla­bo­rer son pro­gramme. Quatre filières sont ses prio­ri­tés : un tou­risme de qua­li­té qui se spé­cia­lise et apporte plus de valeur ajou­tée ; une éco­no­mie de l’innovation où il faut for­mer des jeunes dans un sec­teur qui croit de plus de 10 % chaque année ; une prio­ri­té pour la e‑santé en s’appuyant sur le fort poten­tiel pré­sent à Marseille Luminy et enfin une valo­ri­sa­tion du port et de l’aéroport qui sont insuf­fi­sam­ment inté­grés à l’économie locale. « Notre zone de com­pé­ti­tion c’est le sud et l’Afrique » et pour ren­for­cer l’attractivité de la cité pho­céenne Stéphane Sotto sou­haite que l’on s’attaque à la mobi­li­té et au bien vivre avec une ville plus aérée et un ensei­gne­ment attrac­tif avec notam­ment une école internationale.

Yvon Berland avait pré­pa­ré pré­ci­sé­ment ses réponses et sou­haite une spé­cia­li­sa­tion du ter­ri­toire autour de ses filières inno­vantes por­tées par les pôles de com­pé­ti­ti­vi­té. Il ne craint pas d’ouvrir la confron­ta­tion avec le pays d’Aix en lan­çant le pro­jet d’une Green val­lée à Château Gombert Saint Jérôme pour accueillir les CleanTech qui sont pour le moment plu­tôt ter­ri­to­ria­li­sées sur la tech­no­pole de l’Arbois. Le pro­gramme de la liste de la majo­ri­té pré­si­den­tielle s’appuyer sur les indus­tries créa­tives, notam­ment l’audiovisuel et sur l’économie rési­den­tielle. Il veut que Marseille porte une crois­sance inclu­sive et s’inscrive dans les poli­tiques natio­nales et euro­péennes de finan­ce­ment en par­ti­ci­pant à l’appel à pro­jets Green deal. Le fil rouge de sa cam­pagne est la for­ma­tion : « ce sont les talents qui attirent les talents et qui attirent les entre­prises : il faut un choc de com­pé­tences et que nous pas­sions de 650 ingé­nieurs par an à 1 000 ». Il porte le pro­jet d’une grande école inclu­sive pour for­mer des bacs +2 & bac +3 qui répondent aux 20 000 offres d’emploi non satis­faites sur le territoire.

Sébastien Barles veut faire de Marseille une capi­tale de la tran­si­tion éco­lo­gique et faire de l’écologie une force pro­pul­sive pour une nou­velle éco­no­mie. La liste Debout Marseille veut un chan­ge­ment radi­cal dans la gou­ver­nance, dénonce une « admi­nis­tra­tion locale médiocre » et appelle de ses vœux du contrôle citoyen, des pro­cé­dures trans­pa­rentes d’attribution des loge­ments sociaux, des places de crèche et des emplois. La liste verte prône un ren­for­ce­ment de l’Inspection géné­rale des ser­vices, l’IGS qui est réduite aujourd’hui à deux agents. Pour garan­tir une orien­ta­tion qui per­mette de faire face au choc cli­ma­tique en réunis­sant l’ensemble des acteurs, la liste debout Marseille veux créer un Collège du futur qui garan­tit l’orientation de la poli­tique muni­ci­pale. Les filières à créer sou­vent ex nihi­lo, s’appuient peu sur le tis­su exis­tant pour lequel Sébastien Barles sou­haite une stra­té­gie de recon­ver­sion. Debout Marseille veut déve­lop­per des filières d’isolation ther­mique, d’urbanisme sou­te­nable, d’agriculture urbaine, des métiers liés à la mer et il veut que le numé­rique s’oriente vers la tran­si­tion éner­gé­tique. Le lea­der de « Europe éco­lo­gie les Verts » veut donc une éco­no­mie de la tran­si­tion, cir­cu­laire et résiliente.

Les entre­pre­neurs du CJD ont pu ain­si « en live » cap­ter les mes­sages des can­di­dats, jau­ger les hommes (où sont les femmes ?). Et nombre d’entre eux ont avoué que ce débat serein, sans confron­ta­tion, (chaque can­di­dat a pu expo­ser posé­ment en 4 × 5 minutes ses convic­tions) a cla­ri­fié pour eux les enjeux.