Le journaliste : déblog'notes

Forum des entrepreneurs 2016 : la Méditerranée, notre copropriété

par | 10 octobre 2016

Vendredi 8 sep­tembre 2016 l’Union pour les entre­prises orga­ni­sait son tra­di­tion­nel Forum des entre­pre­neurs, le 16e sur le thème « Tous ensemble ou tous en guerre ? »
Christian Apothéloz, délé­gué géné­ral de Finances & conseil Méditerranée était invi­té comme inter­ve­nant aux côtés de Alain Cabras, François Gemenne, Hasni Abidi, Bernard Paranque et Aurore Sun sur le thème : « La Méditerranée Appellation d‘origine incontrôlée »

Quelle Méditerranée au XXIe siècle ? Méditerranée des villes ou des nations ? Les femmes sont-elles l’avenir de la Méditerranée ? Comment entre Orient et Occident recréer l’espace cohé­rent de coopé­ra­tion et oublier les divi­sions ? Faut-il encore croire en un des­tin col­lec­tif ?
Lors du débat ani­mé par Frédéric Dubessy rédac­teur en chef d’Econostrum, Christian Apothéloz a notam­ment déve­lop­pé les idées sui­vantes

La Méditerranée du XXI siècle paraît plus que com­pro­mise par les guerres lar­vées ou ouvertes à l’Est de la Méditerranée, par les fron­tières insur­mon­tables par exemple entre Algérie et Maroc, par la mon­tée de l’islamisme et du ter­ro­risme.
Mais est-ce vrai­ment nou­veau ?
Le pas­sé de la Méditerranée n’a jamais été une terre de bon­heur par­ta­gé, un lieu de coha­bi­ta­tion paci­fique des trois mono­théismes, un lac de paix.
Je suis enga­gé dans les échanges médi­ter­ra­néens depuis la fin des années soixante-dix et j’ai tou­jours vu et déplo­ré, un espace conflic­tuel, violent, dés­équi­li­bré… Faut-il rap­pe­ler les nom­breux conflits qui ont mar­qué tant la rive nord que la rive sud, a‑t-on oublié Chypre ou l’ex Yougoslavie, les dic­ta­tures en Europe du Sud comme dans le monde arabe. L’écart de richesse de un a dix au détroit de Gibraltar et entre Israël et l’Égypte.
La Méditerranée est un espace rêvé, mais le rêve ne se réa­lise pas. Nous avons eu des périodes d’accalmie avec les accords d’Oslo en 1993, par exemple ou le Processus de Barcelone en 1995.
Le XXI siècle a com­men­cé dans la dou­leur. L’espoir des prin­temps arabes démar­ré en Tunisie s’est ensa­blé avec le reflux des forces démo­cra­tiques et la mon­tée des par­tis isla­mistes.
Mais la encore la nou­veau­té n’est que pour les amné­siques.
L’Algérie avait connu son prin­temps autour de 1990 et la pre­mière élec­tion libre depuis 1962 avait por­té les isla­mistes aux portes du pou­voir.
En 2000 nous avons connu le prin­temps de Damas et la décon­ve­nue de voir que le fils Assad était à l’image du père.
En 2005, au Liban après l’assassinat de Rafic Hariri, le peuple liba­nais s’est mobi­li­sé dans un mou­ve­ment inédit qui a débou­ché sur le départ des troupes syriennes sta­tion­nées dans le pays depuis 1976. On connaît la suite…
Par ce rap­pel je ne veux affi­cher ni pes­si­misme, ni opti­misme.
Aujourd’hui, la Méditerranée déchi­rée est là, avec les réfu­giés, le ter­ro­risme, mais elle n’est pas plus ou moins ave­nante qu’hier.

À Marseille, dans notre région, nous ne pou­vons détour­ner la tête.

La Méditerranée ici n’est pas une option, c’est une don­née. C’est comme une copro­prié­té. On peut détes­ter le bar­be­cue du voi­sin d’en bas, ne pas sup­por­ter la voi­sine du second, on est obli­gé de payer les charges et d’emprunter le même esca­lier.
On peut pen­ser à démé­na­ger. Mais pour une métro­pole c’est dif­fi­cile, je nous vois mal en mer du Nord ou dans le Pacifique.
Ce que je veux dire, c’est que la géo­po­li­tique, comme l’économie font que nous devons gérer nos rela­tions dans cet espace médi­ter­ra­néen, nous devons échan­ger avec nos voi­sins, nous sommes rede­vables de ce cou­loir qui va de Suez à Gibraltar. Ceci que nous l’aimions ou pas !
Moi j’aime, d’autres moins, qu’importe ! Ce « des­tin col­lec­tif » n’est pas une ques­tion ou une réponse, c’est notre espace de vie, notre copro.
La meilleure façon de par­ta­ger ce des­tin col­lec­tif, dans des temps trou­blés, est de faire confiance à la socié­té civile. Toutes les ten­ta­tives pour éta­blir des coopé­ra­tions mul­ti­la­té­rales par les Etats, toutes les ini­tia­tives qui ne reposent que sur les rela­tions poli­tiques sont vola­tiles. Nous sommes, bien sur, pre­neurs de bonnes rela­tions bila­té­rales et mul­ti­la­té­rales. Mais ce qui est solide et pérenne, ce qui pro­duit de la valeur com­mune, ce sont les coopé­ra­tions de la socié­té civile.
Avec Finances & Conseil Méditerranée, nous avons éta­bli des rela­tions avec des pro­fes­sion­nels du chiffre, du droit et de la finance, avec ceux que nous appe­lons nos “experts confiance”. Pour cer­tains, comme Me Salir Hamouda à Alger ou M. Abdellatif Bernossi expert-comptable à Tanger les rela­tions ont plus de dix années.
Cette rela­tion longue, confiante, solide fait que lorsqu’une entre­prise de la région nous demande d’intervenir sur le blo­cage d’un dos­sier, sur le règle­ment d’une créance, sur une ques­tion admi­nis­tra­tive, notre relais fonc­tionne avec une réac­ti­vi­té et une bien­veillance excep­tion­nelle.
En met­tant l’accent sur la socié­té civile, femmes et hommes, et sur la rela­tion humaine, nous pre­nons appui sur ce que nous savons faire le mieux en Méditerranée et à Marseille :

• Tisser des liens
• Faire vivre nos rela­tions,
• Animer des réseaux de terrain.

C’est l’antique Méditerranée des mar­chands qu’il faut faire vivre.
En droit la “lex mer­ca­to­ria” s’est impo­sée dans le com­merce : plu­tôt que de confier leur sort à une auto­ri­té supé­rieure, les com­mer­çants ont fon­dé des règles basées sur l’usage, c’est ce que nous retrou­vons dans l’arbitrage et la média­tion. C’est ce prag­ma­tisme, des règles accep­tées parce que fon­dées sur l’usage, qui pour­rait ins­pi­rer posi­ti­ve­ment la Méditerranée du XXI siècle.