Le journaliste : déblog'notes

Fukushima : je suis dans une très grande colère

par | 3 mars 2011

Fukushima : je suis dans une très grande colère. On convoque les Shadocks pour arro­ser une bombe à retar­de­ment, une cin­quan­taine de sacri­fiés se débattent dans une machine infer­nale, et les res­pon­sables pérorent en croyant ras­su­rer alors qu’ils sont morts de peur.

C’est glauque, révol­tant, inad­mis­sible. La Japon a connu un trem­ble­ment de terre et un tsu­na­mi. Il a assu­mé digne­ment. Le scan­dale nucléaire qui advient est notre pro­duit, il est un désastre humain.

Flash-back. Dans les années soixante-dix, je fai­sais par­tie du petit nombre de mani­fes­tants qui se gelaient dans le brouillard face aux grilles de la cen­trale de Fessenheim en Alsace. Avec Mick, avec Michel, avec les inven­teurs de Radio verte Fessenheim, nous deman­dions sim­ple­ment à connaître le plan d’évacuation, hau­te­ment confi­den­tiel, de la cen­trale en cas de pro­blème. Rien n’y fai­sait, Il fal­lut Tchernobyl pour y arriver.

Depuis j’ai appris à connaître les hommes et les femmes du nucléaire, des ingé­nieurs d’une grande qua­li­té, sou­cieux de sécu­ri­té comme tout un cha­cun, des scien­ti­fiques remar­quables et des indus­triels aguerris.

J’ai donc, dans un sou­ci de ratio­na­li­té, revu mon juge­ment. Je pen­sais que face aux éner­gies fos­siles aux dépen­dances des pays pétro­liers, au char­bon qui tue nos forêts, le nucléaire pou­vait être une source d’énergie propre et fiable. Je n’en fus ni un mili­tant ni un sala­rié, mais je l’ai admis comme un choix accep­table. Et j’ai cru le dis­cours de sécu­ri­té, de fia­bi­li­té, de trans­pa­rence de nos ingé­nieurs.
Je ne sais s‘ils se sont leur­rés eux-mêmes… je veux le croire.

Après Fukushima, on se réveille tous avec une gueule de bois. Comment avons-nous pu croire l’incroyable ? Comment accep­ter ces diag­nos­tics technico-scientifiques qui s’aggravent à chaque jour­nal télé­vi­sé ? Comment accep­ter que l’on ait joué avec la vie et la san­té de cette façon ?

J’en suis per­son­nel­le­ment atter­ré. Nous sommes face à un men­songe his­to­rique ! J’ai la même impres­sion que lorsque mes yeux se sont des­sillés face à la Chine où j’avais cru per­ce­voir la fin des inéga­li­tés, le déve­lop­pe­ment rural, la déci­sion col­lec­tive et la démo­cra­tie ouvrière. J’avais lors d’un voyage en Chine été « pro­me­né », « bala­dé » et comme je vou­lais le croire je l’ai cru. Le bilan fut rude à ava­ler.
Le nucléaire me faire le même effet, monstrueux !

Laurent Joffrin l’a écrit très vite, l’industrie nucléaire mon­diale est en question.

Il va fal­loir inven­ter un monde qui ne dépende, ni de Kadhafi (nos dépla­ce­ments et nos voyages), ni de Fukushima (nos cli­ma­ti­sa­tions et nos chauf­fages !).
Au bou­lot !