Le journaliste : déblog'notes

Le sursaut démocratique turc

par | 28 avril 2024


Dans un temps où les bonnes nou­velles sont rares, le résul­tat des muni­ci­pales du 31 mars en Turquie mérite un temps d’ar­rêt. Depuis plus de 20 ans, Recep Tayyip Erdoğan tient d’une main de fer la pre­mière puis­sance éco­no­mique du Moyen-Orient. Il a usé et abu­sé de tous ses pou­voirs : purges dans la fonc­tion publique, coup d’État raté de 2016, mise au pli des médias, trans­for­ma­tions consti­tu­tion­nelles, répres­sion contre tous les oppo­sants, en par­ti­cu­lier kurdes.

La Turquie a don­né l’i­mage d’une dic­ta­ture. Mais si le patron du Parti de la jus­tice et du déve­lop­pe­ment est bien un auto­crate, les der­nières élec­tions muni­ci­pales démontrent que la Turquie reste une grande démo­cra­tie. Erdoğan s’é­tait enga­gé per­son­nel­le­ment dans la recon­quête de la métro­pole stam­bou­liote et de ses 16 mil­lions d’ha­bi­tants. Il a per­du les cinq plus grandes villes du pays : Istanbul, Ankara, Izmir, Bursa et Antalya. Et a recon­nu son échec.

C’est donc un réveil démo­cra­tique, au-delà des sup­pu­ta­tions sur les pro­chains scru­tins, avec des ins­ti­tu­tions qui ont résis­té à vingt années régres­sives. Et, deuxième sur­prise, ce n’est pas un lea­der sor­ti d’une bulle média­tique qui l’emporte, mais un très vieux par­ti, cen­te­naire, le Parti répu­bli­cain du peuple, fon­dé par Kemal Atatürk. Ce lea­der qui fit entrer la Turquie à marche for­cée dans la moder­ni­té et la laï­ci­té, condam­nant le voile et le kéfié, don­nant le droit de vote aux femmes, 20 ans avant la France, défen­dant une Turquie radi­ca­le­ment indé­pen­dante. À suivre …

Pour l’Oeil de Réforme 23 avril 2024