Le journaliste : portraits

Avenir Télécom réinvente Avenir Télécom

par | 5 mai 2022

Avenir Télécom est une entre­prise mutante : du garage fon­da­teur comme dans une his­toire cali­for­nienne à l’opérateur inter­net, du réseau de 800 bou­tiques implan­tées dans 10 pays aux 36 mil­lions d’euros en obli­ga­tions conver­tibles levés à Dubaï en pas­sant par la case tri­bu­nal de com­merce, l’entreprise est tou­jours là, insub­mer­sible, ni tout à fait la même, ni tota­le­ment différente.

Aux manettes à l’origine Jean Daniel Beurnier, un entre­pre­neur qui a la double appé­tence de la tech­no­lo­gie et de la vente, autre­ment dit qui détecte dans l’innovation ce qui va chan­ger les habi­tudes, les com­por­te­ments donc les mar­chés. Un homme ? Non un binôme car dans l’ombre de Jean Daniel Beurnier, déli­bé­ré­ment dis­cret, inter­vient son asso­cié de la pre­mière heure : Robert Schiano-Lamoriello. Pas une pho­to de cet alter ego sur inter­net. Autant Jean Daniel Beurnier prend la lumière autant celui qui par­tage à éga­li­té les inves­tis­se­ments, les choix, les reve­nus et les galères reste, en retrait. Ce binôme tient depuis 1989 une excep­tion dans le monde de l’entreprise où les alliances fon­da­trices ont du mal à pas­ser le cap. On se sou­vient que les mana­gers d’Accor Dubrule et Pélisson avaient dû embau­cher un psy­cho­logue pour pou­voir se parler.

L’entreprise naît dans un garage

Le binôme d’Avenir Télécom a tenu le choc avec le concours pré­cise Jean Daniel Beurnier de la RAF la direc­trice admi­nis­tra­tive et finan­cière Véronique Hernandez-Beaume. L’entreprise naît donc dans un garage où les pion­niers ins­tallent des télé­phones qui ne sont pas encore por­tables mais trans­por­tables dans les voi­tures et où ils vendent des télé­phones fixes et des répondeurs.

L’arrivée du mobile et d’Internet est l’opportunité du décol­lage. Avenir Télécom ouvre des call-center pour répondre aux inquié­tudes des nou­veaux usa­gers, un centre de répa­ra­tion pour pro­duits élec­tro­niques mobiles et devient opé­ra­teur inter­net. En 2001 l’a écla­te­ment de la bulle inter­net a failli les empor­ter. Du clic les fon­da­teurs passent au mor­tar. Les opé­ra­teurs télé­com n’ont qu’une volon­té prendre des parts de mar­chés par­tout dans le monde face à leurs concur­rents et faire bou­ger les lignes. Des mil­liers de bou­tiques s’ouvrent pour vendre, expli­quer, main­te­nir ces mil­lions de por­tables qui équipent les familles en nombre. Des réseaux se consti­tuent. Avenir Télécom devient face à Phone House un des pre­miers réseaux par crois­sance et par rachat d’en­seignes comme. L’entreprise est entrée en Bourse elle a les moyens de se déve­lop­per. 4 000 sala­riés, 800 bou­tiques dans une dizaine pays, : les diri­geants d’Avenir télé­com sont alors sou­vent dans les avions et le siège des Rizeries bou­le­vard de Plombières est une ruche internationale.

Jean Daniel Beurnier Avenir Télécom Futur composé 2006
Jean Daniel Beurnier en 2006 © Apothéloz

Jusqu’à la crise de 2008, crise finan­cière qui rebat les cartes de la télé­pho­nie. Les opé­ra­teurs struc­turent leurs propres réseaux, réduisent les marges des dis­tri­bu­teurs et Free bous­cule les prix à la baisse. Internity la marque d’Avenir Télécom sera une des der­nières à fermer.

Le groupe se replie, mais les enga­ge­ments sont trop éle­vés et les coûts de la restruc­tu­ra­tion sont impos­sibles à sup­por­ter. Avenir Télécom se met sous la pro­tec­tion du Tribunal com­merce qui ouvre, le 4 jan­vier 2016, une pro­cé­dure de redres­se­ment judi­ciaire assor­tie d’une période d’ob­ser­va­tion de 6 mois, pro­lon­gée jusqu’au 4 juillet 2017.

Le passé n’est là que pour nous apprendre et nous donner des leçons, je n’ai pas de nostalgie

Pas ques­tion pour les fon­da­teurs de lâcher prise. Le pas­sif est éva­lué par les magis­trats consu­laires à plus de 60 mil­lions €. Négociateur hors pair, Jean Daniel Beurnier obtient des éta­blis­se­ments de cré­dit et des prin­ci­paux four­nis­seurs un aban­don par créances de 76,5 %, soit 27,4 mil­lions d’euros. Le reste du pas­sif éva­lué à 16,4 mil­lions d’euros est éta­lé sur dix ans avec des rem­bour­se­ments pro­gres­sifs. « Avec Robert Schiano, sou­ligne Jean Daniel Beurnier, on ne baisse jamais les bras, on essaie tou­jours de s’en sor­tir, seuls. Il faut de la rési­lience et regar­der l’avenir, le pas­sé n’est là que pour nous apprendre et nous don­ner des leçons, je n’ai pas de nos­tal­gie ». Adieu donc les bou­tiques et les cen­taines de sala­riés, Avenir Télécom s’invente un nou­veau modèle en déve­lop­pant une rela­tion pri­vi­lé­giée, nouée, de longue date avec le groupe amé­ri­cain Energizer, lea­der mon­dial des piles et des bat­te­ries. AT a signé dès 2010 un accord de licence stra­té­gique, exclu­sive et mon­diale et cette acti­vi­té devient l’activité prin­ci­pale d’Avenir Télécom (71 % du chiffre d’affaires). Moins de com­mer­ciaux scot­chés au télé­phone au siège, mais une équipe d’ingénieurs, de desi­gners qui tra­vaillent avec une équipe d’une dizaine de leurs col­lègues en Chine dont une équipe qua­li­té dédiée, à Shenzhen. La licence exclu­sive de la marque Energizer® est renou­ve­lée jusqu’en 2026. Les équipes du bou­le­vard de Plombières conçoivent les pro­duits et rédigent les cahiers des charges pour une fabri­ca­tion en Chine : une ving­taine de télé­phones mobiles et plus de 200 acces­soires. « Nous tra­vaillons, explique Jean Daniel Beurnier, sur des pro­duits garan­tis à vie, comme les câbles. L’obsolescence des pro­duits est un de nos chan­tiers. Nous conce­vons des pro­duits low cost comme un télé­phone à 20 € mais qui est néan­moins ouvert aux logi­ciels de Google. ». La socié­té a créé la marque Yezz pour les mobiles alter­na­tifs et la gamme Oxo, pour une col­lec­tion d’accessoires pour smart­phones. Avenir Télécom vise les mar­chés émer­gents et réa­lise 92 % de son chiffre d’affaires à l’export. Avenir Télécom dans cette nou­velle vie est deve­nu un bureau d’ingénierie créa­tive et de commercialisation.

Mais l’apurement des créances du redres­se­ment judi­ciaire pèse, même si le Tribunal de Commerce de Marseille a déci­dé que le rem­bour­se­ment des créan­ciers repren­drait en octobre 2022 repous­sant ain­si la der­nière échéance du plan de juillet 2027 à octobre 2028. Fin mars 2020, les capi­taux propres d’Avenir Telecom sont tou­jours dans le rouge à ‑13,70 M€. Avenir Télécom doit gérer aus­si sa pré­sence an Bourse : la socié­té est cotée depuis 1998 sur Euronext à Paris. L’action Avenir Telecom fait par­tie des indices CAC Mid & Small et CAC Technology et l’action a natu­rel­le­ment chu­té au plus bas. Un coup d’accordéon a per­mis cet été de mettre à niveau le prix des actions.

Negma Group, un fonds familial de 500 millions de $ crée et piloté par Aboudi Gassam,

Mais il res­tait à finan­cier ce retour­ne­ment. Dès 2019, Jean Daniel Beurnier et son équipe ont réus­si à séduire un fonds émi­ra­ti spé­cia­liste du finan­ce­ment en obli­ga­tions conver­tibles : Negma Group. Avec la mise en place une ligne de finan­ce­ment de 7 mil­lions d’euros. Au vu des résul­tats de 2019–2020, et une tré­so­re­rie posi­tive, le groupe émi­ra­ti pour­suit son enga­ge­ment. L’opération se tra­duit par une levée de fonds propres d’un mon­tant de 36 mil­lions d’eu­ros, pou­vant être obte­nus en plu­sieurs tranches, sur une durée d’en­ga­ge­ment maxi­mum de l’in­ves­tis­seur de 36 mois. Le mon­tage finan­cier com­plexe fait de Negma group le par­te­naire de réfé­rence du groupe. Les fon­da­teurs voient leurs propres par­ti­ci­pa­tions pas­ser au-dessous de 5 % du capital.

Negma group, basé à Dubaï et Londres, est un fonds de 500 mil­lions de $ crée et pilo­té par Aboudi Gassam, « chair­man and foun­der », un « fami­ly office ». Titulaire d’un Master en finance de l’Université amé­ri­caine de Paris, Aboudi Gassam a com­men­cé sa car­rière pro­fes­sion­nelle en tant qu’a­na­lyste finan­cier dans un cabi­net d’au­dit et depuis il a effec­tué des tran­sac­tions en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Negma Group est selon le site offi­ciel, « une ins­ti­tu­tion finan­cière spé­cia­li­sée qui four­nit aux socié­tés cotées en Bourse des finan­ce­ments néces­saires pour déve­lop­per et déve­lop­per leur acti­vi­té en leur pro­po­sant des pro­duits struc­tu­rés de dette et d’ac­tions répon­dant à leurs besoins et contraintes spécifiques ».

Jean Daniel Beurnier Futur composé
Sportif et rebon­dis­sant © Apothéloz

Ce finan­ce­ment a per­mis de négo­cier un rem­bour­se­ment anti­ci­pé, mais réduit, des créances et d’accélérer le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal. C’est l’ADN de Jean Daniel Beurnier : « il faut pen­ser glo­bal et mon­dial si on maî­trise son savoir-faire, si on iden­ti­fie cor­rec­te­ment les cibles et les mar­chés l’export est une évi­dence. Il faut s’habituer aux cultures des autres, ne pas impo­ser ses propres choix, et trou­ver des par­te­naires de confiance. Il ne faut pas se mettre de frein ! » Le frein est semble-t-il la com­mande qui n’existe pas dans l’attelage Avenir Télécom.

Avenir Télécom est mutante : du garage à l’internet, du réseau de 800 boutiques aux 36 millions€ levés à Dubaï en passant par le tribunal de commerce, l’entreprise semble insubmersible !

Adieu donc les bou­tiques et les cen­taines de sala­riés, Avenir Télécom s’invente un nou­veau modèle en déve­lop­pant une rela­tion pri­vi­lé­giée, nouée, de longue date avec le groupe amé­ri­cain Energizer, lea­der mon­dial des piles et des bat­te­ries. Moins de com­mer­ciaux scot­chés au télé­phone au siège, mais une équipe d’ingénieurs, de desi­gners qui tra­vaillent avec une équipe d’une dizaine de leurs col­lègues en Chine. Les équipes du bou­le­vard de Plombières conçoivent les pro­duits et rédigent les cahiers des charges pour une fabri­ca­tion en Chine : une ving­taine de télé­phones mobiles et plus de 200 acces­soires. « Nous tra­vaillons, explique Jean Daniel Beurnier, sur des pro­duits garan­tis à vie, comme les câbles. L’obsolescence des pro­duits est un de nos chan­tiers. Nous conce­vons des pro­duits low cost comme un télé­phone à 20 € mais qui est néan­moins ouvert aux logi­ciels de Google. ». La socié­té a créé la marque Yezz pour les mobiles alter­na­tifs et la gamme Oxo, pour une col­lec­tion d’accessoires pour smart­phones. Avenir Télécom vise les mar­chés émer­gents et réa­lise 92 % de son chiffre d’affaires à l’export.

C’est l’ADN de Jean Daniel Beurnier : « il faut pen­ser glo­bal et mon­dial si on maî­trise son savoir-faire, si on iden­ti­fie cor­rec­te­ment les cibles et les mar­chés l’export est une évi­dence. Il faut s’habituer aux cultures des autres, ne pas impo­ser ses propres choix, et trou­ver des par­te­naires de confiance. Il ne faut pas se mettre de frein ! »

Article rédi­gé en octobre 2020 pour Gomet’