Le journaliste : enquêtes et reportages

En finir avec la décharge d’Entressen ?

par | 7 juillet 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

Le com­bat est feu­tré, mais tous les coups sont per­mis. L’enjeu est de taille : trai­ter les ordures ména­gères de la métro­pole mar­seillaise. Plus d’un mil­liard d’investissements.

Le lieu est inac­ces­sible. Interdit aux visi­teurs. Sauf les gabians*. Sur 60 hec­tares, à Entressen, près de Saint Martin de Crau, la ville de Marseille déverse chaque jour 1000 tonnes de déchets ména­gers sans aucun trai­te­ment. 15 mil­lions de tonnes ont été ain­si accu­mu­lés sur une hau­teur de 15 mètres. Une décharge qui fait la célé­bri­té de Marseille auprès des éco­lo­gistes euro­péens. La loi sur les déchets de Brice Lalonde a enfin déci­dé les édiles pho­céens à agir. Le Brgm fait les pre­mières études sur l’impact de ce dépôt sur la nappe phréa­tique et sur les sols. Les pre­mières études datent de 1989, mais c’est en 1991, que la Ville lance un appel d’offres. L’un des der­niers mar­chés de cette ampleur et qui a conduit les plus grands à s’associer pour pré­sen­ter leur offre. Waste mana­ge­ment, le géant amé­ri­cain des déchets et Sae ont ain­si fait ensemble leur pre­mier pas en créant Auxiwaste. La Lyonnaise et la Générale, déjà asso­ciées dans la ges­tion des eaux de la ville, sou­mis­sionnent ensemble. Et l’outsider EDF s’est asso­cié à la Caisse des dépôts dans Pronergies. Chaque groupe s’est adjoint un cabi­net de com­mu­ni­ca­tion pour conduire ses actions de lob­bying. Tersud planche pour Edf, Francom Paris pour la SAE et Francom Marseille pour le groupe Générale/Lyonnaise. Intox et rec­ti­fi­ca­tifs se suc­cèdent. Chacun ten­tant de dis­cré­di­ter l’adversaire, au nom de l’environnement bien sûr. Ou de la morale. Plus dis­crets, cer­tains ont don­né au maire des gages de bonne volon­té. La Générale des eaux a fait quelques gestes signi­fi­ca­tifs pour l’aménagement de la Porte d’Aix ou pour la Cité de la bio­tique.
Technologiquement, le dos­sier est com­plexe. Et soi­gneu­se­ment tenu secret par les ser­vices de la ville. Tous les pro­ta­go­nistes pré­voient un mix de tri et d’incinération. Pour la Générale et la Lyonnaise, comme pour Edf, deux sites d’incinération seraient implan­tés à Saint Menet, dans la val­lée de l’Huveaune et à Saint Louis, dans les quar­tiers nord. L’énergie ou la cha­leur pro­duite serait reven­due aux indus­triels locaux… ou à Edf. Un centre de tri-compostage serait mis en place. L’investissement est chif­fré à 1,3 mil­liard de francs. Waste mana­ge­ment, pro­pose un choix très dif­fé­rent des deux autres. Il uti­lise les mêmes sites mais pour des ins­tal­la­tions de tri-valorisation. Un tri méca­nique qui per­met d’obtenir une par­tie com­bus­tible, com­pac­tée en bri­quettes, une par­tie orga­nique en com­post et une par­tie métal­lique trans­for­mée en lin­gots. Seul défaut le trai­te­ment laisse 30 % de déchets ultimes contre 10 % pour les autres. Les bri­quettes d’Auxiwaste seraient ache­mi­nées à Gardanne où serait ins­tal­lée une chau­dière ad hoc, ce qui confor­te­rait le pôle com­bus­tion propre que la Région veut créer pour sup­pléer au déclin de la mine.
Pour le trai­te­ment d’Entressen, les avis divergent… les bud­gets aus­si entre 70 et 300 MF. Du com­pos­tage au simple enfouis­se­ment avec une cein­ture étanche, tout est possible.

Côté mai­rie, on sou­haite que cette réa­li­sa­tion soit exem­plaire. « Nous vou­lons, affirme Georges Enovkian, conseiller muni­ci­pal char­gé du dos­sier, que l’on visite les usines de trai­te­ment, comme on visite aujourd’hui notre sta­tion d’épuration ». Le débat reste feu­tré, tech­nique, et finan­cier. Mais que font les écolos ?

Christian Apothéloz avec Anne-Françoise Robert

* Des mil­liers de mouettes se nour­rissent sur place et leur vol est le seul signe visible, ajou­té à l’odeur, qui per­met de repé­rer la décharge depuis la voie ferrée.