Le journaliste : enquêtes et reportages

Le groupe Hachette annonce le lancement du nouveau quotidien “La Provence” ou Le deuxième enterrement de Gaston Defferre

par | 11 novembre 1996

Article paru dans le Nouvel Économiste.

Le groupe Lagardère annonce clai­re­ment qu’il met­tra fin début 97 à cette spé­ci­fi­ci­té mar­seillaise d’une presse quo­ti­dienne régio­nale d’opinion, qui outre le quo­ti­dien com­mu­niste La Marseillaise, a un titre à gauche, un titre à droite, avec la créa­tion d’un “nou­veau” jour­nal.

“Le temps est venu…” Depuis la reprise de l’héritage indus­triel de Gaston Defferre, un groupe de presse de 1 200 sala­riés et 780 MF de chiffre d’affaires, par le groupe Hachette, la rumeur d’une fusion resur­gis­sait pério­di­que­ment. Jean-Luc Lagardère avait au départ don­né des gages d’indépendance des titres nom­mant Michel Bassi au Méridional et Ivan Levaï au Provençal, lais­sant Var matin guer­royer contre la droite varoise, pro­met­tant à Edmonde Charles Roux fidé­li­té aux orien­ta­tions du fon­da­teur.
L’érosion de la dif­fu­sion des titres idéo­lo­gi­que­ment oppo­sés, la chute inexo­rable des res­sources publi­ci­taires condui­sait à des déci­sions radi­cales. Depuis deux ans, la solu­tion d’une fusion des deux jour­naux est dis­cu­tée. Restait une hypo­thèque. L’héritière d’André Leenhardt, fon­da­teur aux côtés de Gaston Defferre du groupe, patron de Var matin, Anne-Marie Laffond, qui avait opté pour une ces­sion à Maxwell au temps de sa splen­deur, refu­sait la vente à Hachette et allait de pro­cès en pro­cès pour contes­ter le mana­ge­ment du groupe. L’hypothèque s’est levée cet été. Un com­mu­ni­qué sibyl­lin et un gros chèque ont libé­ré Jean-Luc Lagardère de cette menace. Des études conduites par Ipsos en mai juin ont per­mis de défi­nir le posi­tion­ne­ment d’un titre unique, d’évaluer les risques d’une fusion, de tes­ter les attentes. “Nous ne fai­sons pas un plan d’économie sup­plé­men­taire, affirme Jean-Pierre Millet Pdg, nous avons une grande ambi­tion, faire un jour­nal plus cré­dible, plus ouvert, plus rigou­reux, plus objec­tif”. Les 165 jour­na­listes du Provençal devront apprendre à tra­vailler avec leurs 60 confrères du Méridional. Mais la clause de conscience devrait per­mettre un départ, sans rem­pla­ce­ment, des plus anciens. Les fidèles des deux titres sont cri­tiques et dubi­ta­tifs sur ce nou­veau jour­nal, plus conforme à la réa­li­té de la PQR des autres régions. Mais l’éloignement de la poli­tique ren­dait les cli­vages obso­lètes. Comment expli­quer qu’une ville majo­ri­tai­re­ment à droite, conti­nue à ache­ter majo­ri­tai­re­ment un jour­nal orien­té à gauche ?

Christian Apothéloz