Le journaliste : enquêtes et reportages

Les bons réseaux en Provence-Alpes-Côte d’Azur : place aux jeunes

par | 8 août 2002

Article paru dans le maga­zine L’Entreprise.

La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur est neuve. Sa popu­la­tion, son éco­no­mie doivent peu de choses au pas­sé. Bien sûr, cer­taines entre­prises s’enraciner dans une longue tra­di­tion fami­liale. Mais elles sont l’exception. La majo­ri­té des vieilles familles mar­seillaises ne sont plus dans les affaires. Pour une com­pa­gnie Daher, héri­tière d’un siècle de négoce, com­bien d’entreprises nou­velles, fon­dées sur au maxi­mum deux géné­ra­tions ? Donc, peu de rites et peu de castes, sauf en poli­tique. Mais par contre une grande viva­ci­té des réseaux. Un mode infor­mel de rela­tions, qui assure l’entrepreneur du sou­tien, de la bonne volon­té, de la com­pé­tence de ses pairs.

Il faut se for­mer à ce métier de patron poly­morphe et mou­vant. Pour les jeunes diri­geants, deux filières s’offrent à lui. La Jeune chambre éco­no­mique et le Cjd. La Jeune chambre est très mar­quée par son appar­te­nance à un mou­ve­ment inter­na­tio­nal, avec une charte très morale, ins­pi­rée du monde anglo-saxon. Le Jce va s’investir dans une com­mis­sion qui doit pilo­ter une action civique : de l’éclairage noc­turne des sta­tues qui ornent les angles de mai­sons mar­seillaises à un prix de l’innovation en pas­sant par un débat inter­re­li­gieux. Le CJD est plus sélec­tif sur son recru­te­ment et accorde beau­coup d’importance à la for­ma­tion de ses membres, à leur action col­lec­tive de lob­bying dans la cité. Il est un réser­voir de res­pon­sables patro­naux.
Le Centre des jeunes diri­geants vit par ses sec­tions actuelles, mais sur­tout par le vivier des anciens. En remon­tant très loin, quand le CJD était encore le Centre des jeunes patrons. Pierre Bellon, mar­seillais et fon­da­teur de la Sodhexo en a fait par­tie. Il est par­ti d’un modeste capi­tal dans la cité pho­céenne et est deve­nu le lea­der mon­dial de la res­tau­ra­tion col­lec­tive avec plus de 250 000 sala­riés. « Au Cjd, confie un ancien pré­sident, on apprend à tutoyer une géné­ra­tion de patrons ». L’adhésion au Cjd est un enga­ge­ment. Les jeunes diri­geants y passent en moyenne trois années intenses : for­ma­tions, débats, ini­tia­tives citoyennes. Le jeune patron sort de sa coquille. Il apprend les règles et les rouages des ins­ti­tu­tions. Il s’affirme vis-à-vis de ses pairs dans une ambiance décon­trac­tée. Chaque sec­tion a sa per­son­na­li­té. Marseille a tou­jours été fron­deuse face à la direc­tion pari­sienne. Le Cjd mar­seillais est l’école du patro­nat local. Il a for­mé des conseillers muni­ci­paux, des délé­gués consu­laires, des élus patro­naux en grand nombre. Comme Marseille et Aix se regardent en chiens de faïence, les deux sec­tions n’ont pas tou­jours les mêmes points de vue. Aix est plus cri­tique face à la repré­sen­ta­tion patro­nale offi­cielle, au dia­pa­son de la direc­tion natio­nale. Nice a long­temps fait bande à part. Aujourd’hui, les JD niçois se posent les bonnes ques­tions. Fabien Paul, patron de presse et past-président est très fier d’avoir par exemple pu faire dia­lo­guer sur l’abus de bien social Éric de Mongolfier et Arnaud Montebourg. Il revien­dra à Gérard Leseur, Président régio­nal d’avoir su fédé­rer ces dif­fé­rences pour accueillir le Congrès natio­nal en juin der­nier dans la capi­tale régionale.

JCE

Après 45 ans, le jeune patron doit quit­ter le cocon J.-D. Les qua­dras et les quin­quas qui n’avaient pas embras­sé les car­rières consu­laires ou poli­tiques étaient orphe­lins de club et de ren­contre jusqu’à ce que Pierre Bellon invente les Clubs Apm, Association pro­grès du mana­ge­ment. C’était il y a 17 ans, ils sont aujourd’hui 170 en France dont 6 dans les Bouches-du-Rhône. Le prin­cipe est simple : vous pre­nez une quin­zaine de mana­gers, vous les enfer­mez pen­dant une jour­née (dix fois par an) avec un consul­tant de bon niveau, vous agi­tez, vous lais­sez dis­cu­ter dans un cadre convi­vial et vous pro­dui­sez de la for­ma­tion et bien­tôt de l’auto-formation car l’échange d’expérience, devient le vrai moteur de ces clubs patro­naux. Restaient les cadres diri­geants. Pour eux, à l’initiative de l’Apm ont été créés les groupes Germe, Groupe d’entraînement et de réflexion au mana­ge­ment des entre­prises. Deux groupes sont actifs dans les Bouches-du-Rhône. Les prin­cipes de tra­vail sont les mêmes que ceux de l’Apm, mais avec le sou­ci de col­ler aux pro­blèmes concrets de l’équipe diri­geante : délé­ga­tion, déci­sion, négo­cia­tion, créa­tion, ima­gi­na­tion, éthique, sont à l’ordre du jour.
Ces réseaux ne sont natu­rel­le­ment pas les seuls. Les syn­di­cats de branches, chi­mie, métal­lur­gie, bâti­ment… sont très vivaces. Des regrou­pe­ments comme la Céfim Communauté éco­no­mique et finan­cière médi­ter­ra­néenne, le Mouvement fran­çais pour la qua­li­té, l’Institut médi­ter­ra­néen de l’eau, consti­tuent des oppor­tu­ni­tés de ren­contre autour du métier. Enfin, à condi­tion d’y avoir étu­dié, les asso­cia­tions d’anciens élèves de Sciences po Aix, de l’IAE, de l’Institut d’administration des entre­prises d’Aix et des Sup. de co de Marseille et Nice sont très vivaces.

Christian Apothéloz