Le journaliste : enquêtes et reportages

Les majors du shipping confortent Traxens pour leur digitalisation

par | 17 mars 2022

Traxens container tracker 1
La petite boite qui monte…

Dans un com­mu­ni­qué la start-up mar­seillaise Traxens annonce lever 23 M€ et acqué­rir la start-up tou­lou­saine Next4 « afin de deve­nir le lea­der mon­dial du sui­vi de conte­neurs mari­times » . Cette arri­vée d’argent frais était deve­nue indis­pen­sable pour la seconde vie de Traxens. Car la start-up aura connu depuis sa créa­tion le 19 mars 2012 jusqu’à aujourd’hui deux périodes celle du fon­da­teur Michel Fallah, puis à par­tir de 2020 celle des majors. flash-back.

La créa­tion de Traxens naît du rap­pro­che­ment de deux mondes qui alors s’ignorent : le ship­ping et le numé­rique. Michel Fallah, un ancien de Gemalto a l’idée simple de mettre de l’intelligence numé­rique dans les conte­neurs. Il y en a 24 mil­lions d’unités : ces petites boîtes de 6 pieds de long inven­tées en 1956, qui ont enva­hi le com­merce inter­na­tio­nal. Mais ces boîtes ne sont alors que des boîtes. Impossible quand le conte­neur est par­ti de suivre sa vie, ses ouver­tures, ses chan­ge­ments de tem­pé­ra­tures ou ses chocs. Certes les docu­ments mari­times suivent la mar­chan­dise, mais pas dans le détail du conte­neur. Il reste un besoin de sécu­ri­ser, de qua­li­fier, de vali­der la tra­jec­toire des mar­chan­dises : il n’y a pas qu’à Marseille que les colis ont ten­dance à « tom­ber du camion » . Michel Fallah invente donc avec Traxens le boî­tier qui va rendre intel­li­gente, sen­sible, douée de mémoire et de capa­ci­té de trans­mis­sion la fameuse boîte en métal. Notre cap­teur explique Marc Ligonesche, direc­teur finan­cier depuis 2017, « agit comme un télé­phone por­table qui est en com­mu­ni­ca­tion avec des cap­teurs sur la tem­pé­ra­ture, l’humidité, l’ouverture des portes ».

L’entreprise fait ses débuts à Marseille Innovation et appa­raît comme une pépite du ter­ri­toire. CMA CGM com­prend très vite l’intérêt du dis­po­si­tif et inves­tit dans la jeune pousse. Les autres majors suivent. En mai 2019 Maersk se joint aux action­naires his­to­riques. (les trois lea­ders, le danois Mærsk, le suisse MSC et le fran­çais CMA CGM ont trans­por­té 11 mil­lions d’EVP en 2021). Mais le besoin ne fait pas le modèle éco­no­mique et Traxens tarde à trou­ver son vrai mar­ché. En appa­rence tout le monde y a inté­rêt, mais dans les faits le boî­tier aug­mente le prix du fret et ce sur­coût doit être pris en charge par un tiers. Qui va payer donc ache­ter les boî­tiers de Traxens ? Le client final : Ikéa qui veut pro­té­ger ses poêles qui arrivent du Chili, Dacia qui trans­porte ses pièces déta­chées et com­po­sants d’Europe de l’Est vers Tanger ou Leroy-Merlin qui gar­nit ses rayons de per­ceuses, meu­leuses, ou dis­queuses made in China. Ce client rechigne à aug­men­ter ses coûts. Restent les inter­mé­diaires de trans­ports, les assu­rances ou les com­pa­gnies mari­times elles-mêmes. Le modèle éco­no­mique se cherche en même temps que le boî­tier doit évo­luer, s’adapter aux stan­dards des navires, s’alléger, deve­nir plus éco­nome et plus durable. La petite boîte qui monte doit résis­ter aux vibra­tions, à l’eau, au sel, aux intem­pé­ries. « On a du hard­ware et du soft­ware » confirme Marc Ligonesche.

createur stratup traxens
Michel Fallah fon­da­teur chez Marseille Innovation

Traxens brûle donc du capital pour mettre au point son système de communication.

En 2019, un nou­veau tour de table per­met de lever des fonds avec l’entrée de BPI France dans le cadre du pro­gramme d’in­ves­tis­se­ments d’avenir, du japo­nais Itochu Corporation et de Supernova Invest via le fonds du Crédit agri­cole inno­va­tions et territoires.

Mais ce n’est pas suf­fi­sant. Entre les mari­times et le fon­da­teur, des diver­gences stra­té­giques se creusent. L’entreprise a gros­si, elle a annon­cé l’ouverture d’un bureau en Chine, elle emploie 130 sala­riés. Les charges grimpent à 24 millions€.

Le bilan 2020 est inquié­tant, aggra­vé par la pan­dé­mie. Le total des pro­duits d’exploitation est de 9,6 mil­lions € dont seule­ment 4 mil­lions de chiffre d’affaires net. La dette est de 24 mil­lions€ et le résul­tat est dans le rouge à 17 mil­lions€ (après une perte de 13 mil­lions€ en 2019) . Les capi­taux propres sont éga­le­ment dans le rouge à près de 5 mil­lions€. (Source Le Figaro)

La socié­té lit-on dans les annexes du bilan « a mis en place un plan de réduc­tion de coûts, s’appuyant sur un Plan de sau­ve­garde de l’emploi (PSE) ayant eu pour consé­quences de voir l’effectif de la socié­té́ pas­ser de 130 sala­riés au 31 décembre 2019 à 99 sala­riés au 31 décembre 2020. »

Pour connaître les implications de cette année charnière, il faut suivre les annonces légales, nominations et départs qui s’enchaînent.

Michel Fallah quitte son poste de pré­sident le 10 mars 2020. Jean Luc Sentis, consul­tant de l’entreprise assume ce qui sera un inté­rim. Le direc­teur Jacques Delort a démis­sion­né à son tour le 9 juillet 2020.

Les action­naires majo­ri­taires ont lan­cé le recru­te­ment d’un nou­veau mana­ger pour cette période déli­cate. Le 28 août 2020, David Marchand, 49 ans qui a quit­té San Francisco, prend ses fonc­tions de direc­teur géné­ral. Il a un mas­ter en élec­tro­nique de Bordeaux, il a fait un MBA à Kedge sur la Supply Chain et une for­ma­tion au mana­ge­ment à Stanford. Sa car­rière inter­na­tio­nale est mar­quée par une quin­zaine d’années pas­sée chez SAP dans des fonc­tions mana­gé­riales et opérationnelles.

Le 23-06-2021, il est nom­mé pré­sident du Conseil. Les majors ren­forcent aus­si leur pré­sence au Conseil : Nicolas Reynard, head of cor­po­rate ven­ture Capital chez CMA CGM et Grégory Gottlieb direc­teur finan­cier de MSC sont nom­més le 12 jan­vier 2021.

En jan­vier 2021, tou­jours, les fon­da­teurs, dont Michel Fallah et Tertium cèdent leurs parts. Michel Fallah[1], tenu par une clause de réserve, confie néan­moins à Gomet’ « qu’il a l’impression d’être allé au bout de ce qu’il pou­vait faire pour Traxens, il se réjouit que Traxens se déve­loppe, se péren­nise et acquiert la start-up tou­lou­saine Next4 et que ses action­naires contri­buent à son expansion ».

Traxens entame donc en 2021, une nou­velle vie : de start-up vibrion­nante et indé­pen­dante elle devient, selon un expert mar­seillais de la tech « le labo­ra­toire numé­rique par­ta­gé du shipping ».

Avec ce ren­fort des majors, énonce Marc Ligonesche pour Gomet’, « on finance la crois­sance et le déploie­ment et notre objec­tif est d’atteindre le point mort, l’équilibre en 2024 ».

Les 23 mil­lions€ levés per­met­tront à Traxens selon le com­mu­ni­qué, « de déve­lop­per son acti­vi­té de conte­neurs intel­li­gents dans le monde entier, ce nou­veau cycle per­met­tra d’établir de nou­veaux par­te­na­riats avec des entre­prises clés de l’é­co­sys­tème, telles que les socié­tés de loca­tion de conte­neurs et d’as­su­rances mari­times et les sys­tèmes de ges­tion des trans­ports. Traxens uti­li­se­ra éga­le­ment les fonds pour élar­gir son por­te­feuille de solu­tions afin de répondre aux besoins crois­sants des tran­si­taires et des pro­prié­taires de car­gai­sons en matière de trans­pa­rence de la chaîne d’approvisionnement. »

Comment ces majors qui se battent pour des parts de mar­ché cohabitent-elles à Marseille ? « Traxens s’est recen­tré sur la don­née et le trai­te­ment de la don­née. Il faut que les datas soient com­pa­tibles avec les navires de chaque com­pa­gnie : le conte­neur passe d’un bateau à l’autre. C’est deve­nu un objet com­mu­ni­cant et nous tra­vaillons ensemble sur un stan­dard et des solu­tions com­munes mas­si­fiées. C’est le seul moyen d’arriver à une digi­ta­li­sa­tion des flottes de conte­neurs Ce sont des concur­rents, mais en comi­té de créa­tion, ils sont autour de la table pour inven­ter et créer des solu­tions durables. Ils repré­sentent 45 % des conte­neurs de la planète ! »

Traxens ne veut pas se limi­ter au mar­ché des majors et l’acquisition de la start-up tou­lou­saine Next4 doit y contri­buer. « Un client com­mun nous a mis en rela­tion raconte Marc Ligonesche le mana­ger, Cédric Rosemont, P.-D.G. et fon­da­teur devient notre res­pon­sable mar­ke­ting et com­mer­cial, l’équipe d’une dou­zaine de col­la­bo­ra­teurs res­te­ra basée à Toulouse. Ils ont déve­lop­pé le mar­ché des orga­ni­sa­teurs logis­tiques que Traxens n’adresse pas encore. »

Les deux socié­tés uni­ront leurs efforts pour com­mer­cia­li­ser et déve­lop­per leurs solu­tions de sui­vi com­plé­men­taires et leurs appli­ca­tions logi­cielles afin d’of­frir le meilleur de leurs fonc­tion­na­li­tés à leurs clients, comme la pla­ni­fi­ca­tion des expé­di­tions, la ges­tion col­la­bo­ra­tive des risques ou encore les rap­ports d’a­na­lyse. Next4 four­nit des tra­ckers qui peuvent être appo­sés sur les conte­neurs depuis le point départ jus­qu’à la des­ti­na­tion finale. Les tran­si­taires dis­posent ain­si d’une solu­tion de sui­vi pre­mium et les clients de don­nées en temps réel, 24 heures/24 et 7 J/7, sur l’état et l’emplacement de leurs mar­chan­dises via des cap­teurs situés sur la porte des conte­neurs. Des tran­si­taires, tels que Bolloré Logistics ou encore DB Schenker, sont d’ores et déjà équi­pés de plu­sieurs mil­liers de tra­ckers Next4.

« C’est un acteur pertinent, complémentaire avec une équipe compétente et flexible qui nous fait du bien », note Marc Ligonesche.

« L’intégration de Next4 au sein de notre entre­prise aug­mente consi­dé­ra­ble­ment notre capa­ci­té à répondre aux besoins crois­sants de nos clients en matière de digi­ta­li­sa­tion de leurs pro­ces­sus com­mer­ciaux, tout en ajou­tant la tra­ça­bi­li­té du fret, la sécu­ri­té des car­gai­sons et l’in­té­gri­té des mar­chan­dises. », déclare David Marchand, P.-D.G. de Traxens. « Nous allons pro­po­ser au mar­ché un por­te­feuille com­plet de solu­tions per­met­tant à nos clients de choi­sir entre un tra­cker per­ma­nent ou amo­vible, une option unique. »

Traxens annonce 100 000 conte­neurs équi­pés et un car­net de com­mandes de plus de 200 000 boî­tiers et Next4 reven­dique 20 000 tra­ckers. 2022 doit être celle d’un rebond de Traxens dans cette nou­velle configuration.


[1] Michel Fallah quitte la logis­tique mais reste entre­pre­neur, il vient d’investir un mil­lion € à éga­li­té avec son asso­cié Gilles Fuchs dans une start-up, Kitech qui inter­vient dans le domaine de la san­té en par­ti­cu­lier le dia­bète, l’obésité et les mala­dies cardiovasculaires.

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