Le journaliste : enquêtes et reportages

Marseille, indépendance ?

par | 7 juillet 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

Marseille, indé­pen­dance ! C’est ce slo­gan qu’un mil­lier de jeunes sup­por­ters de l’OM, black, blancs, beurs, ont scan­dé en mani­fes­tant sur la Canebière contre l’injure faite à leur club. On veut nous prendre notre vic­toire, haran­guait en termes plus fleu­ris le lea­der des “ultras”, Paris, la Justice, la Presse, la France nous attaquent : indé­pen­dance ! Dérision. “Fier de Tapie, fier de l’Om, fier de Marseille”, le patrio­tisme mar­seillais joue à fond. quelles que soient les res­pon­sa­bi­li­tés des patrons et des joueurs du club, la ville a vécu la des­cente des Valenciennois comme un déchi­re­ment. Marseille, pen­dant quelques semaines, depuis le but de Basile Boli, s’était enfin sen­tie aimée de son pays. Reconnue, récon­ci­liée. Lorsque la vague de l’hostilité revient, la ten­ta­tion insu­laire l’emporte.
Henry Roux-Alezais, pré­sident de la chambre de com­merce, sur le plan de l’aménagement ne fait pas un constat dif­fé­rent. Revendiquant une plus grande “conti­nui­té ter­ri­to­riale” avec l’Europe, il déplore que l’on se soit refu­sé à mettre 17 mil­liards pour finir Rhin-Rhône, que les per­cées alpines entre Italie et France n’avancent pas et que le TGV reste en panne à Valence. Marseille n’existe en effet que comme inter­face nord sud et retrouve sa géos­tra­té­gie natu­relle. Ce que le com­merce médi­ter­ra­néen lui a don­né hier, elle le recherche dans une nou­velle poli­tique médi­ter­ra­néenne, volon­ta­riste et mul­tiple. La semaine der­nière, le Palais du Pharo, accueillait les ren­contres de l’Institut médi­ter­ra­néen de l’eau sur le thème de la ges­tion des eaux usées avec des déci­deurs magh­ré­bins et fran­çais de l’hydraulique. Sid Ahmed Ghozali, ancien ministre, ambas­sa­deur d’Algérie en est à sa seconde visite en quinze jours dans la région : la pre­mière à l’invitation de la chambre de com­merce pour ren­con­trer les expor­ta­teurs, la seconde pour un col­loque orga­ni­sé à Aubagne par « Confrontations » sur la coopé­ra­tion décen­tra­li­sée en Méditerranée.
Coopération qui était au centre de la Première jour­née du par­te­na­riat inter­en­tre­prises en Méditerranée orga­ni­sée par l’Adeci, l’association régio­nale pour la coopé­ra­tion indus­trielle inter­na­tio­nale ani­mée par Francis Testa. Jean-Claude Gaudin y a confir­mé l’engagement de Provence Alpes Côte d’Azur dans une poli­tique d’échanges sou­te­nus avec la Catalogne, le Languedoc-Roussillon, le Maroc et la Tunisie qui doit débou­cher en novembre pro­chain sur la signa­ture en Avignon d’une Charte du bas­sin médi­ter­ra­néen. Il retrouve ain­si une stra­té­gie médi­ter­ra­néenne que son pré­dé­ces­seur Michel Pezet avait ini­tiée de 1981 à 1986, poli­tique mise en veilleuse pour cause d’alliance avec le Front natio­nal. Issu de cette période, l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée fête­ra ses dix ans cette année avec une tour­née au Maroc, à l’invitation per­son­nelle du roi Hassan II. Mais c’est du côté des entre­prises que la prise de conscience est la plus forte. Lors de la jour­née de l’Adeci, la toute petite entre­prise des Papeteries de Gromelle, de Saint-Saturnin les Avignon a par exemple mon­tré com­ment à par­tir d’un contact tech­nique, la PMI pro­ven­çale s’est ouvert des mar­chés d’export. “Nous sommes sur la même lon­gueur d’onde que nos inter­lo­cu­teurs maro­cains et nous avons une volon­té réci­proque de col­la­bo­rer”, note Jacques Ducrès, direc­teur. “Nous ne pou­vons lais­ser les pays du Maghreb som­brer, confirme Druon Note, Pdg des labo­ra­toires Laphal. C’est l’intérêt de l’Europe, c’est aus­si celui de nos entre­prises. C’est un choix de rai­son et un choix affec­tif, sou­ligne ce patron pied noir”.

Christian Apothéloz