Le journaliste : enquêtes et reportages

Marseille : La Canebière fait peau neuve

par | 15 juillet 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

Symptôme de tous les maux de la ville, la très sym­bo­lique Canebière soigne ses plaies. Les chan­tiers de l’été devraient lui redon­ner vie, si les Marseillais décident d’y revenir.

C’est au milieu de la Canebière qu’un des chan­tiers les plus signi­fi­ca­tifs du Plan Canebière s’achève. Le Cours Saint Louis, en pro­lon­ge­ment du Cours Belsunce s’est élar­gi. Les maga­sins ont comme par­tout ailleurs dû abattre leurs mar­quises, les baraques à frites sont rasées et même Toinou, l’é­cailleur le plus célèbre de Marseille a plié son échoppe. Avec les tra­di­tion­nels fleu­ristes, il retrou­ve­ra à la ren­trée une bou­tique réamé­na­gée et moderne. Mais le pié­ton sera le vrai gagnant. De haute lutte. François Siouffi, conseiller muni­ci­pal char­gé de la voi­rie a dû mener de longues négo­cia­tions avec les com­merces et bars rive­rains, pour obte­nir un consen­sus et cas­ser des années de laisser-aller.
À l’angle, le com­mer­çant Muriel a enfin déci­dé de céder son bail. Par accord avec l’Assistance publique, pro­prié­taire des murs et la mai­rie, le Centre de com­mu­ni­ca­tion et d’exposition de la ville attaque ses tra­vaux dans quelques jours. Le ser­vice de com­mu­ni­ca­tion de la ville vien­dra s’y ins­tal­ler et expo­se­ra en rez-de-chaussée les grands pro­jets du maire.
Fin août, les appels d’offres seront lan­cés pour réha­bi­li­ter l’immeuble dit ”Prisunic” qui accueille­ra l’Institut uni­ver­si­taire de for­ma­tion des maîtres. La ville a fait l’acquisition des étages (5000 m²) et elle devra sor­tir seule de son escar­celle les 45 MF de tra­vaux des­ti­nés à rece­voir quo­ti­dien­ne­ment plus de 1000 étu­diants. Lucien Weygand et Jean-Claude Gaudin ont en effet refu­sé d’apporter l’argent du dépar­te­ment et de la région à ce coup de jeu­nesse. En rez-de-chaussée, la Chambre de com­merce pour­rait prendre pos­ses­sion des lieux pour en faire une vitrine tech­no­lo­gique et scien­ti­fique des entre­prises et labos régio­naux.
Plus bas, avant le palais de la Bourse, l’Institut inter­na­tio­nal de la mode, mana­gé par Marilyne Vigouroux a ter­mi­né son gros œuvre. L’immeuble Armand Thierry, réno­vé par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, s’ouvrira sur un espace mode, avec expo­si­tion, la col­lec­tion Chanel notam­ment, cédée par Edmonde Charles Roux, ate­liers de sty­listes, leu de ren­contre des pro­fes­sion­nels du tex­tile… Inauguration pré­vue en décembre. Le par­king en face a repris ses tra­vaux après une pause archéo­lo­gique qui a per­mis aux his­to­riens de retrou­ver les traces de la ville moyen­âgeuse. Même les ciné­mas por­no­gra­phiques vont fer­mer. Le pro­prié­taire accepte de recon­ver­tir ses salles (4000 m²). Le mon­tage est bou­clé, dit-on en mai­rie. Une étude de fré­quen­ta­tion poten­tielle est en cours. Le Centre natio­nal du ciné­ma devrait don­ner en sep­tembre sa réponse aux demandes d’aides pour les salles d’art et d’essai. Seul grand chan­tier en panne, les com­plexes ciné­ma­to­gra­phiques du haut de la Canebière à l’abandon ou en déclin qui laissent 97 mètres de façades, 7800 m² de sur­faces à amé­na­ger. Chargeurs réunis, pro­prié­taire de l’ensemble, attend des jours meilleurs pour valo­ri­ser son patri­moine. Surface com­mer­ciale, ensemble cultu­rel, com­plexe ciné­ma, tout dépend de Jérôme Seydoux.
Depuis 1986, la muni­ci­pa­li­té met en œuvre une poli­tique de revi­ta­li­sa­tion du centre ville. Le plan Canebière, conçu par Loïc Fauchon, alors direc­teur de la Mission centre ville, ras­semble une ensemble de dis­po­si­tions très diverses avec une ambi­tion : « Vitrine à la fin du XIX° siècle de la socié­té mar­chande, la Canebière devrait deve­nir la vitrine du Marseille du XXI° siècle, d’une éco­no­mie tech­nique et scien­ti­fique en déve­lop­pe­ment, d’une effer­ves­cence com­mer­ciale et cultu­relle ». Étapes par étapes, finances obligent, le plan se réa­lise et Robert Vigouroux aura d’ici 1995 plu­sieurs opé­ra­tions signi­fi­ca­tives à inau­gu­rer. Mais, ce sont les Marseillais qui vote­ront avec leurs pieds pour ou contre cette réha­bi­li­ta­tion. Pour l’instant, les rive­rains se font tirer l’oreille pour illu­mi­ner leur façade comme le sou­hai­te­rait François Siouffi, les com­mer­çants ont du mal à pen­ser Marseille comme une grande ville popu­laire, ils rêvent d’une clien­tèle aixoise ou can­noise, et les habi­tants des quar­tiers nord, comme des quar­tiers sud n’en ont pas encore fait le lieu où Marseille se récon­ci­lie­rait avec elle-même.

Christian Apothéloz

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