Le journaliste : enquêtes et reportages

Marseille veut offrir une vitrine à sa recherche médicale : une Villa Hippocrate

par | 6 juin 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

La richesse du sec­teur médi­cal mar­seillais ne se remar­quait jusqu’alors qu’au nombre de méde­cins entrés en poli­tique, de Robert Vigouroux à Jean-François Matteï, de Renaud Muselier à Joseph Comiti en pas­sant par Daniel Colin ou Raymond Sanguiollo.

Marseille fera plus et va construire une Villa Hippocrate consa­crée à la bio­tique. Située le long du bou­le­vard Baille, en pleine ville, à proxi­mi­té des hôpi­taux de la Timone et de la Conception, elle s’élèvera en 1995, sur neuf niveaux, selon un plan rec­tan­gu­laire en cara­van­sé­rail, des­si­nant une grande place arbo­rée à la fran­çaise. Sur 60 000 m², elle accueille­ra des acti­vi­tés publiques et pri­vées liées à la bio­tique. Elle prend place au sein de ce qui sera doré­na­vant la Cité de la bio­tique et qui réunit les deux grands hôpi­taux (2 700 lits) et les facul­tés de méde­cine, de phar­ma­cie et d’odontologie (8 500 étu­diants). Pour Michel Delaage, direc­teur scien­ti­fique d’Immunotech, ce pro­jet doit “don­ner une visi­bi­li­té inter­na­tio­nale” aux com­pé­tences pho­céennes.
Il était temps. Marseille regarde son sec­teur médi­cal comme s’il s’agissait d’une mala­die hon­teuse alors que 3 % de la popu­la­tion des Bouches du Rhône en vit. L’Assistance publique a beau riva­li­ser avec les hôpi­taux de Lyon, employer 3000 méde­cins et 12 000 sala­riés, réa­li­ser un chiffre d’affaires annuel de 5 mil­liards de francs, elle res­tait en marge des pro­jets éco­no­miques régio­naux. À tel point que Montpellier a ravi à Marseille l’image de cité médi­cale. Euromédecine, par exemple, attire dans la capi­tale du Languedoc tout le gra­tin des médias médi­caux et audio­vi­suels, alors que les jour­nées Marseille Médecine Méditerranée res­tent confi­den­tielles.
Georges Merlhe, direc­teur de l’Assistance publique est sor­ti de son rôle de “soi­gnant” pour jeter les ponts avec la Chambre de com­merce d’un pôle Santé s’appuyant sur les 600 cher­cheurs de l’APM, du CNRS ou de l’Inserm.
Il prend forme avec la déci­sion d’IBM d’implanter là son Centre de solu­tion san­té, char­gé d’élaborer la stra­té­gie du groupe en matière médi­cale, mais sur­tout avec le choix d’une socié­té bio-pharmaceutique amé­ri­caine de San Diégo, Genta de s’enraciner à Marseille. Thomas Adams, son Pdg est très clair, c’est la pré­sence d’un poten­tiel scien­ti­fique impor­tant qui l’a déci­dé, mais sur­tout la proxi­mi­té d’un outil hos­pi­ta­lier de 5000 lits lui per­met­tant très vite de réa­li­ser les essais cli­niques de ses pro­duits phar­ma­ceu­tiques et de décro­cher les AMM, les auto­ri­sa­tions de mise en mar­ché pour toute l’Europe. Gilbert Deleuil, direc­teur de Promotion 13 compte sur ce pre­mier suc­cès pour concré­ti­ser des dis­cus­sions en cours avec d’autres labos étrangers.

Christian Apothéloz