Le journaliste : enquêtes et reportages

Pôle de compétitivité : le réveil de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur

par | 6 juin 2005

Article paru dans La Lettre de l’Institut euro­mé­di­ter­ra­néen des médias.

L’appel à pro­jets lan­cé par l’État pour la défi­ni­tion de pôles de com­pé­ti­ti­vi­té a ren­con­tré dans notre région un suc­cès ines­pé­ré. Une dou­zaine de dos­siers ont été remis au Préfet dans des domaines aus­si variés que la fleur cou­pée ou la puce électronique.

Dans notre région, les indus­triels avaient la mau­vaise habi­tude de jouer solo. Chaque ter­ri­toire regrou­pé au pied de ses orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles locales défend ses pré­ro­ga­tives, avec ses élus en rangs ser­rés. L’Estérel reste une muraille de Chine et les fron­tières dépar­te­men­tales des octrois infran­chis­sables. La région est comme son dra­peau : un patch­work. Et pour­tant l’appel à pro­jets de l’État sur les pôles de com­pé­ti­ti­vi­té a fait explo­ser les fron­tières tra­di­tion­nelles. Paca avec sa dou­zaine de pro­jets arrive en troi­sième posi­tion der­rière Paris et Lyon. La ques­tion était à la fois simple et com­plexe : « présentez-nous des pôles d’activité capables de jouer en divi­sion euro­péenne ». Il fal­lait donc s’allier et trou­ver des par­te­naires dans la région d’origine voire dans les régions voi­sines ou cou­sines. La fleur cou­pée varoise ou la cité numé­rique d’Arles, orphe­lins des autres pôles, auront peu de chances. Ils ont plus la dimen­sion d’un clus­ter, un sys­tème pro­duc­tif local, que d’un pôle euro­péen. Par contre le pôle micro­élec­tro­nique solu­tions com­mu­ni­cantes sécu­ri­sées a tou­jours annon­cé la cou­leur : pas ques­tion de se battre contre Grenoble qui a un vrai poten­tiel, mais le Sud est com­plé­men­taire des Alpes par ses acti­vi­tés dans la puce, le logi­ciel et les télé­com­mu­ni­ca­tions. Des alliances plus larges se nouent avec le pôle pari­sien et le pôle ren­nais. Même démarche pour la pho­to­nique, l’optique et l’imagerie. Depuis l’origine du regrou­pe­ment Pop Sud, Jacques Boulesteix, l’initiateur du pro­jet, a tou­jours pri­vi­lé­gié les rela­tions équi­li­brées avec des par­te­naires tou­lou­sains ou parisiens.

Des projets collaboratifs d’abord !

Les offres les plus solides émanent natu­rel­le­ment des filières déjà orga­ni­sées et ayant des habi­tudes de coopé­ra­tion. C’est le cas avec la micro­élec­tro­nique qui s’appuyant sur le Cremsi a su mettre en place un pro­gramme de recherche-développement de plus de cent mil­lions d’euros sur trois ans finan­cés à 50/50 par le pri­vé et le public. Toulon Var tech­no­lo­gie a pré­sen­té aus­si un dos­sier solide sur les indus­tries liées à la mer, le Vaucluse, et plus pré­ci­sé­ment Avignon, (sou­te­nu par son maire ministre) a joué l’agroalimentaire des fruits et légumes sans y asso­cier les capa­ci­tés de trans­for­ma­tions qui sont plu­tôt bucho­rho­da­niennes. Bioméditerranée a reçu son bap­tême du feu don­nant nais­sance au pro­jet Innovation thé­ra­peu­tique, mais dans un uni­vers très concur­ren­tiel : une quin­zaine de régions concourent dans cette caté­go­rie. Enfin, l’émergence de pro­jets jusque-là mécon­nus, à l’initiative du CEA de Cadarache ou de l’Europole de l’Arbois, a sur­pris les observateurs.

Mais que font les Chambres de commerce et d’industrie ?

Les pro­jets sont por­tés par des orga­nismes très diver­si­fiés : asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles comme le Cremsi ou Popsud, branches pro­fes­sion­nelles, col­lec­ti­vi­tés locales… Le tout avec le sou­tien de la Mder, la Mission de déve­lop­pe­ment régio­nal, de Méditerranée Technologie et des ser­vices de l’État. Un grand absent dans ce concert ins­ti­tu­tion­nel : les chambres de com­merce, comme si les indus­triels n’avaient pas osé déran­ger ces vieilles dames avec des dos­siers aus­si urgents. Où est le temps où Henry Mercier, alors pré­sident de la CCI de Marseille des­si­nait le pre­mier contour de ce qui devien­dra Euroméditerranée ? Absentes aus­si, cer­taines branches indus­trielles qui comptent comme la chi­mie et la pétro­chi­mie, la sidé­rur­gie et l’agroalimentaire de trans­for­ma­tion. Nous avons les usines, les mana­gers, mais peu de recherche et peu de for­ma­tion. Dommage. Le minis­tère de l’industrie va faire son tri. Des regrou­pe­ments inter­ré­gio­naux sont pré­vus, des rap­pro­che­ments régio­naux sont sou­hai­tés. Le Conseil régio­nal qui s’est for­te­ment impli­qué dans la démarche s’est enga­gé lui à sou­te­nir toutes les initiatives.

Une prime fiscale aux zones surdouées ?

Cet appel à pro­jet a réveillé des forces de concep­tion et d’action insoup­çon­nées. La carotte fis­cale a joué un rôle. Le CIADT, le Comité inter­mi­nis­té­riel d’aménagement et de déve­lop­pe­ment du ter­ri­toire, avait pro­mis « des exo­né­ra­tions d’impôt sur les socié­tés et des allé­ge­ments de charges sociales aux entre­prises par­ti­ci­pant à des pro­jets de R & D col­la­bo­ra­tifs ». Cette défis­ca­li­sa­tion annon­cée pré­sente un risque de dés­équi­libre. Un grand groupe choi­si­ra par exemple de favo­ri­ser la recherche dans la région défis­ca­li­sée au détri­ment d’une autre implan­ta­tion. Les mesures fis­cales étaient jusque-là des­ti­nées aux zones défa­vo­ri­sées. Pour la pre­mière fois, on offre une prime fis­cale aux zones sur­douées. Pas sûr que ce soit pro­duc­tif et que l’on ne retrouve pas les logiques qui avaient pro­duit « le désert fran­çais ». Par contre la foca­li­sa­tion des aides et sou­tiens sur les pro­jets col­la­bo­ra­tifs est une superbe inci­ta­tion à sor­tir de la bun­ké­ri­sa­tion des ter­ri­toires, le sou­tien à l’animation de filières, clus­ters et tech­no­poles est un levier effi­cace pour struc­tu­rer le ter­ri­toire et enra­ci­ner les acti­vi­tés pro­duc­trices de valeur, donc d’emploi.

Christian Apothéloz