Le journaliste : enquêtes et reportages

Port : la guerre des nerfs

par | 15 juillet 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

Découragement sur le port de Marseille. alors que l’on croyait la réforme bien par­tie, les dockers ont repris le harcèlement.

Les pro­fes­sion­nels du port ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant des mois, ils ont atten­du la mise en place de la réforme, ils se sont bat­tus pour finan­cer un plan social des plus coû­teux, ils ont fait conces­sions sur conces­sions pour obte­nir la paix sociale. Et la gué­rilla por­tuaire est tou­jours là. Grève natio­nale pour la conven­tion col­lec­tive, conflit local pour tout et pour rien. “Quand nous résol­vons quatre pro­blèmes, se plaint le pré­sident de la chambre de com­merce qui joue les « Monsieur bons offices » une fois par semaine, il en sort qua­rante. C’est un har­cè­le­ment per­ma­nent”. La CGT entend tout sim­ple­ment faire la démons­tra­tion que la loi est inap­pli­cable et par le biais de la conven­tion fait tout pour reve­nir à l’ancien sta­tut, y com­pris le mono­pole syn­di­cal ou l’embauche pré­fé­ren­tielle des fils de dockers. La période esti­vale offre un ter­rain de choix. Non pla­ni­fiés, la réforme date de mai, les congés désor­ga­nisent les quais. Avec un peu de mau­vaise volon­té, rien ne va plus et cer­tains navires ont déjà dû rebrous­ser che­min. Il manque 200 manu­ten­tion­naires pour tenir. Pas ques­tion pour la CGT de les lais­ser nor­ma­le­ment embau­cher en CDD (à 15 000 F/mois !) par les entre­prises, il faut pas­ser par le BCMO, le bureau cen­tral de la main‑d’œuvre. Retour per­ni­cieux à la case départ que les acco­niers refusent. Plutôt perdre des tra­fics que de reve­nir en arrière. Ils étu­dient dis­crè­te­ment la pos­si­bi­li­té de se pas­ser de per­son­nels sup­plé­men­taires. Pour évi­ter un été chaud, au moment où les chiffres du tra­fic men­suel dénotent un fré­mis­se­ment, en par­ti­cu­lier sur les conte­neurs.
« Il fau­dra, si ça ne s’arrange pas que l’État inter­vienne, avoue déçu Raymond Vidil, patron de Marfret. La loi est votée, nous avons fait ce qui nous reve­nait. Il faut main­te­nant appli­quer les textes ». L’heure est à la fer­me­té, côté patro­nal, pas encore à l’affrontement. Mais la ten­sion monte. La Sncm, la Société natio­nale Corse Méditerranée menace de rabattre ses tra­fics corses vers Toulon. 500 000 per­sonnes par an au bas mot. Un ras-le-bol qu’explique Patrick Berrest, pré­sident de l’Union mari­time et flu­viale et pré­sident de Sud Cargos : “Les tra­fics pas­sa­gers sont très sen­sibles à la fia­bi­li­té d’un port. On ne peut pas tra­vailler sans savoir chaque matin si les cen­taines de pas­sa­gers qui comptent sur vous, vont pou­voir embar­quer.” La CGT est là en conflit pour impo­ser des dockers à bord des navires alors qu’ils sont loin d’être indis­pen­sables.
Philosophe, le direc­teur du Port, François Perdrizet, espère résoudre les pro­blèmes “les uns après les autres. Une réforme comme celle-là ne peut se réa­li­ser en un jour”. Un opti­misme rai­son­né que par­tagent les pro­mo­teurs d’une asso­cia­tion nou­velle, “Marseille Europort”. Elle ras­semble, pour la pre­mière fois dans une seule struc­ture, le port, les pro­fes­sion­nels à tra­vers l’Union mari­time et la Chambre de com­merce. Objectifs : par­ler d’une seule voix, coor­don­ner les efforts de pro­mo­tion des trois par­te­naires, détec­ter la demande des arma­teurs, des impor­ta­teurs et expor­ta­teurs. Si besoin adap­ter l’offre, tant en ser­vices qu’en équi­pe­ments. Une démarche col­lec­tive de mar­ke­ting por­tuaire en quelque sorte. “Nous n’aurons plus d’excuses si nous échouons, relève le pré­sident de cette asso­cia­tion, Patrick Berrest. Le port joue le jeu, la chambre est avec nous, nous sommes aux com­mandes de la pro­mo­tion. Notre ambi­tion est grande, nous sommes condam­nés à réussir.”

Christian Apothéloz

Résumé de la politique de confidentialité
Logo RGPD GDPR compliance

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles. Ces informations restent cependant anonymes, conformément au règlement sur la protection des données.
Voir notre politique de confidentialité

Cookies strictement nécessaires

Cette option doit être activée à tout moment afin que nous puissions enregistrer vos préférences pour les réglages de cookie.

Statistiques anonymes Google Analytics

Ce site utilise Google Analytics pour collecter des informations anonymes telles que le nombre de visiteurs du site et les pages les plus populaires.
Garder ce cookie activé nous aide à améliorer notre site Web.