Le journaliste : enquêtes et reportages

Sous le soleil exactement… l’entreprise

par | 02 août 2002

Article paru dans le maga­zine L’Entreprise.

Première région tou­ris­tique fran­çaise, avec plus de 100 mil­lions de nui­tées et 12 mil­lions de séjours, Provence Alpes Côte d’Azur semble vouée aux loi­sirs et au soleil. Et pour­tant, en 20 ans elle est deve­nue une région d’industries à haute valeur ajou­tée. Un seul chiffre en témoigne. Selon une étude de l’Insee d’après les don­nées du recen­se­ment, elle arrive, hors Paris, en tête des régions fran­çaises (avec Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées) pour l’importance des cadres et pro­fes­sions intel­lec­tuelles supé­rieures dans sa popu­la­tion active.

La muta­tion régio­nale a com­men­cé avec la Côte d’Azur. Le tou­risme y est depuis 120 ans une acti­vi­té majeure, et c’est le tou­risme, haut de gamme, qui va faire son décol­lage éco­no­mique. Sophia-Antipolis en est emblé­ma­tique. Et le séna­teur Laffitte sou­ligne tou­jours que « la Fondation Mæght a fait autant que l’aéroport Nice Côte d’Azur » pour la pre­mière tech­no­pole fran­çaise. Cette indus­tria­li­sa­tion douce qui a com­men­cé par l’informatique avec IBM, Texas et Digital trans­for­ma tota­le­ment l’économie du dépar­te­ment. Dans les années quatre-vingt-dix, la Chambre de com­merce peut annon­cer fiè­re­ment que le nombre d’emplois indus­triels dépasse les emplois du tou­risme. Depuis, Sophia a connu ses crises de crois­sance : restruc­tu­ra­tions dans les groupes mul­ti­na­tio­naux, chute de la nou­velle éco­no­mie, pro­blèmes fon­ciers récur­rents. Mais elle a tout sur­mon­té et demeure le pôle d’attraction inter­na­tio­nal du dépar­te­ment.
Marseille et les Bouches-du-Rhône sont long­temps res­tés en panne d’un déve­lop­pe­ment qui conjugue hélio­tro­pisme et « indus­tries de l’intelligence » selon la belle expres­sion du pros­pec­ti­viste André-Yves Portnoff.
La capi­tale régio­nale était engluée dans une recon­ver­sion sans fin. Les indus­tries de trans­for­ma­tion qui firent la gloire du port colo­nial, les acti­vi­tés de répa­ra­tion et de construc­tion navale, s’effondrent : ce furent 30 années de vaches maigres des années soixante à la fin du siècle.
Le réveil vint avec les années quatre-vingt-dix. Aix-en-Provence avait ouvert la voie avec une zone d’activité, les Milles aus­si dyna­mique en matière de nou­velles tech­no­lo­gies que Sophia. Puis, dans la Haute val­lée de l’Arc, autour de Rousset se consti­tue le second pôle fran­çais de micro­élec­tro­nique avec Atmel et ST Microéléctronics. Plus de deux mil­liards d’euros d’investissements et des emplois indus­triels qua­li­fiés. Marseille était en retard. Son dyna­misme cultu­rel va contri­buer à effa­cer son image de ville en déshé­rence. Avec la confec­tion, les musiques du sud, le théâtre, les fêtes, les romans noirs de Jean-Claude Izzo, le ciné­ma de Guédiguian, Marseille devient ville à la mode, ville fré­quen­table, ville enviée. Elle entre peu à peu dans les cir­cuits des tours opé­ra­tors. (Les Japonnais visitent le Vieux Port !) Et dans les « short list » des grandes entre­prises recher­chant une implan­ta­tion au sud. « Avec 13 % de cadres et pro­fes­sions intel­lec­tuelles supé­rieures, note Claude Capelluti, cher­cheur à l’Insee, et 24 % de pro­fes­sions inter­mé­diaires, les Bouches-du-Rhône pré­sentent le plus haut niveau de qua­li­fi­ca­tion de la région ». Globalement la région compte plus de cadres supé­rieurs et de pro­fes­sions inter­mé­diaires que la moyenne natio­nale. « La pré­sence d’implantations de hautes tech­no­lo­gies en Paca, note l’Insee, explique le bon niveau de qua­li­fi­ca­tion de l’emploi industriel. »

Les entre­prises du Midi ont fait ce pari de l’intelligence et de la moder­ni­té. Selon une étude réa­li­sée à l’initiative de la région Paca par la Chambre régio­nale de com­merce et d’industrie, 72 % des éta­blis­se­ments régio­naux sont infor­ma­ti­sés, ce qui est supé­rieur à la moyenne natio­nale. Deux entre­prises sur cinq sont connec­tées à Internet, une entre­prise sur quatre dis­pose d’un site web, une sur dix d’un intra­net. Un équi­pe­ment per­for­mant puisqu’il est rap­por­té à l’ensemble des socié­tés régio­nales dont 90 % ont moins de dix sala­riés.
Dans un envi­ron­ne­ment dés­in­dus­tria­li­sé, ce sont les créa­teurs d’entreprises qui ont por­té le renou­veau de l’économie pro­ven­çale.. La région détient tou­jours un taux record de créa­tion d’entreprises. Plus de 30 000 nou­veaux entre­pre­neurs se lancent dans l’aventure chaque année, 8 000 au der­nier tri­mestre 2001. Le com­merce, les ser­vices aux entre­prises et aux par­ti­cu­liers, la construc­tion attirent de nou­veaux talents. Avec une diver­si­té de pro­jets et des por­teurs de pro­jets très large. Cela peut aller du direc­teur de recherche au Cnrs, spé­cia­liste de la géno­mique fonc­tion­nelle qui ins­talle sa boîte, Gensodi, dans l’incubateur du tech­no­pole de Luminy au jeune des quar­tiers Nord qui décide de se prendre en main. Tahar Rahmani, dirige depuis 15 ans une struc­ture d’aide à la créa­tion d’entreprises, 3CI, qui inter­vient dans les quar­tiers en dif­fi­cul­té. « Nous avons, en 2001, accom­pa­gné 361 créa­tions dans la région qui ont géné­ré 395 emplois, dit-il. Depuis l’origine de 3CI, nous avons accom­pa­gné 5 000 jeunes créa­teurs avec un taux de sur­vie de plus de 60 %. Ici, les jeunes ont les res­sources et l’énergie pour conduire une TPE. Encore faut-il leur don­ner les moyens, les outils que d’autres ont à l’école ou dans leur famille. ».

La région Provence Alpes Côte d’Azur n’a certes pas sur­mon­té tous ses han­di­caps. Le taux de chô­mage, de 11,4 %, est encore un des plus fort de l’hexagone, le déve­lop­pe­ment retrou­vé laisse de côté des pans entiers du ter­ri­toire régio­nal, les jeunes entre­prises sont encore fra­giles et sen­sibles plus que d’autres aux retour­ne­ments de conjonc­ture.
Mais, la démons­tra­tion a été admi­nis­trée, que l’alliance du soleil, du tou­risme, de la culture et de l’entreprise était por­teuse de déve­lop­pe­ment. Plus sûre de son « modèle », la région revient à ses rela­tions de proxi­mi­té en Méditerranée. La Fondation Sophia-Antipolis vient par exemple de signer un accord avec la Tunisie pour accom­pa­gner la créa­tion de tech­no­poles. Marseille Innovation, pépi­nière d’entreprise a orga­ni­sé au début 2002, les Premières ren­contres mul­ti­mé­dias d’affaires au Technopark de Casablanca qui ont mis en rela­tion des socié­tés du mul­ti­mé­dia de Marseille et du Maroc. En octobre une ren­contre simi­laire a lieu an Algérie dans le cadre de la Semaine algéro-française des tech­no­lo­gies de l’information au Cyberparc de Sidi Abdellah.
L’Europôle de l’Arbois, tech­no­pôle aixois dédié à l’environnement a lui reçu en juillet der­nier une mis­sion du Ministère de l’environnement algé­rien venu étu­dier les expé­riences locales.
Chaque semaine les ONG régio­nales, les ins­ti­tu­tions, les entre­prises tra­versent la Méditerranée. Ni Eldorado, ni ter­rain facile d’export, la rive Sud appa­raît sim­ple­ment pour ce qu’elle est : le pre­mier voi­sin de la région Paca. Avec ses dif­fi­cul­tés indé­niables, avec son insta­bi­li­té, mais sur­tout avec sa proxi­mi­té cultu­relle et géo­gra­phique, la Méditerranée rede­vient la des­ti­na­tion natu­relle des entre­prises régio­nales. Les échanges avec l’Algérie notam­ment ont for­te­ment aug­men­té ses der­niers mois. En ins­tal­lant à Marseille un bureau en charge du Moyen-Orient et du Maghreb, la Banque mon­diale démontre que cette voca­tion a un inté­rêt stratégique.

Christian Apothéloz

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