Le journaliste : enquêtes et reportages

Une issue à la énième crise de Sud Marine ?

par | 9 septembre 1993

Article paru dans le Nouvel Économiste.

La crise de Sud Marine mobi­lise les éner­gies mar­seillaises, à la recherche d’un consen­sus et d’une inter­ven­tion de l’État. Alors que le port déses­père les plus optimistes.

Le dos­sier des dockers lasse la ville. Plus per­sonne ne com­prend rien aux posi­tions des uns et des autres, aux trêves, aux négo­cia­tions, aux rup­tures de négo­cia­tions, aux décla­ra­tions de paix et aux actes de guerre sociale. Tout le monde com­prend par contre que le port est boy­cot­té par les arma­teurs et que la contre-publicité du conflit tue à petit feu tous les efforts com­mer­ciaux du port. Le pré­sident de la Chambre de com­merce a ten­té une nou­velle média­tion sur le pro­blème des tra­fics corses, il a cru abou­tir puis s’est vu démen­tir par les pro­ta­go­nistes. Le maire de Marseille, Robert Vigouroux, dans son inter­view de ren­trée accor­dée au Provençal accuse : ”Qu’un nombre aus­si res­treint de per­sonnes puisse avoir une influence aus­si néga­tive sur toute une popu­la­tion n’est pas accep­table”. Et le pre­mier magis­trat en appelle à un Grenelle du port avec toutes les par­ties concer­nées et l’État. Cette ville fron­deuse vit dans le para­doxe d’une indé­pen­dance reven­di­quée et d’une dépen­dance constante vis-à-vis des cabi­nets pari­siens. Avec nos­tal­gie, on se lamente à droite comme à gauche, “de ne pas avoir de minis­tre”.
La crise de Sud marine le prouve. Sur ce dos­sier, toutes les col­lec­ti­vi­tés locales sont d’accord. Haro sur Elf qui refuse de confier ses plates-formes off­shore à l’entreprise pho­céenne au pro­fit de la Lyonnaise des eaux. Haro sur le ministre de l’industrie Gérard Longuet qui met en doute les capa­ci­tés ges­tion­naires du patron de Sud Marine. Et una­ni­mi­té pour élar­gir le débat autour de Sud marine.
Jean-Noël Guérini, vice-président du Conseil géné­ral 13 s’est décla­ré prêt au Club de la presse de Marseille à inves­tir 10 MF, via le port, pour moder­ni­ser les formes de radoub. Yves Bonnel, adjoint au maire, char­gé de l’économie est prêt à faire “d’amicales” pres­sions sur les grands pres­ta­taires de la ville pour qu’ils passent des com­mandes de chau­dron­ne­rie indus­trielle à Sud Marine et la Chambre de com­merce pro­pose de réa­li­ser une véri­table étude de mar­ché sur l’offshore et la répa­ra­tion navale. Jean-Claude Gaudin, lui est mon­té au cré­neau à plu­sieurs reprises auprès des ministres en par­ti­cu­lier auprès de Gérard Longuet pen­dant l’université d’été du Parti répu­bli­cain.
L’enjeu dépasse l’avenir de la seule socié­té Sud Marine. Car les mar­chés de répa­ra­tion navale n’iront pas for­cé­ment à sa seule concur­rente, la CMR. Guy Larrue, Pdg de Sud marine est clair : “La pré­sence de deux socié­tés laisse un choix aux arma­teurs. Ils ne vien­dront pas dans un port où une seule entre­prise ferait la loi”. Ce que défend Marseille, à tra­vers les emplois Sud marine, c’est l’intégralité de son outil por­tuaire : la capa­ci­té d’accueillir les navires, de les char­ger et déchar­ger, mais aus­si d’y effec­tuer des répa­ra­tions lourdes. Il est fort pro­bable que Guy Larrue devra renon­cer à l’aventure de l’offshore pour se concen­trer, avec un effec­tif réduit à la seule répa­ra­tion navale et chau­dron­ne­rie indus­trielle. Mais là encore tout dépend du bon vou­loir de l’État. Le patron mar­seillais a dans ses car­tons depuis plu­sieurs mois un plan social que le Ciri lui refuse. Les dis­cus­sions renouées depuis mar­di der­nier avec le minis­tère de l’industrie devraient per­mettre de trou­ver une issue à la énième crise de Sud Marine, en lui don­nant enfin de vraies chances de développement.

Christian Apothéloz