Le journaliste : interviews

Henry Espérandieu : comment un protestant a‑t-il pu inventer Notre Dame de la Garde ?

par | 28 mai 1998

Article paru dans le maga­zine men­suel régio­nal pro­tes­tant Échanges.

Il a mar­qué toute l’architecture mar­seillaise du XIX° siècle : il a sui­vi le chan­tier de la cathé­drale de la Major, conçu le Palais Longchamps et le Palais du Pharo, l’école des Beaux-arts, les églises de Saint Giniez et de Saint Défendant, et inven­té Notre Dame de la Garde. Et il était pro­tes­tant. Questions.

Henry Espérandieu, vous avez conçu les plans de la basi­lique Notre Dame de la Garde et lorsqu’il faut pré­sen­ter le pro­jet, c’est sous la signa­ture de votre maître Léon Vaudoyer qu’il est ava­li­sé par les auto­ri­tés reli­gieuses mar­seillaises…
Vous sous-entendez que j’ai tri­ché ? Non, je tra­vaillais à l’atelier Vaudoyer et il valait mieux pré­sen­ter le pro­jet au nom d’un cabi­net pari­sien que sous la plume d’un archi­tecte incon­nu de 24 ans comme moi.

Et pour­tant Vaudoyer pense que votre reli­gion aurait pu vous faire reje­ter…
Peut-être. Mais le grand débat en 1850 est entre les par­ti­sans d’un style néo­go­thique et mon pro­jet qui est romano-bysantin, ins­pi­ré de Saint Marc à Venise.

Le cler­gé aura pour­tant des réti­cences…
Monseigneur de Mazenod en eut. Mon pro­tes­tan­tisme a par­fois jeté un froid. Je me sou­viens de la pre­mière réunion de tra­vail avec le conseil d’administration, le 23 juin 53, on a sup­pri­mé les prières à cause de ma pré­sence. Mais notez tout de même que mon des­sin a été litho­gra­phié à mille exem­plaires pour sou­te­nir la sous­crip­tion et que le 11 sep­tembre de la même année, j’étais à côté de Monseigneur de Mazenod pour la pose de la pre­mière pierre.

Photo Espérandieu Révélations posthumes 1

Est-ce vrai­ment la place d’un pro­tes­tant ?
Mais, je rêve. J’ai dû, toute ma vie, me battre contre des clé­ri­caux obtus, des dévots et des notables sec­taires et il faut qu’au qua­trième cen­te­naire de l’Édit de Nantes les pro­tes­tants me reprochent d’avoir mis mon savoir faire au ser­vice de la ville. Je ne suis pas né dans l’opulence, Monsieur ! Mes parents étaient de modestes com­mer­çants, j’ai sui­vi l’école mutuelle pro­tes­tante et je n’ai pu aller au col­lège royal que grâce à une bourse. Mon diplôme d’architecte je l’ai obte­nu en tra­vaillant pour les maîtres ou pour des clients for­tu­nés. Pourquoi devrais-je refu­ser des concours pour la concep­tion d’édifices catholiques ?

Tout de même, Notre Dame de la Garde est un lieu de dévo­tion mariale éloi­gné de ce que vous avez appris à l’école pro­tes­tante…
J’y ai appris le res­pect de Marie, pas vous ? Et je res­pecte les convic­tions des catholiques.

Mais vous avez pla­cé toute la ville sous la béné­dic­tion de la Vierge…
Erreur. Si vous regar­dez bien la sta­tue vous ver­rez que c’est Jésus qui étend ses mains sur la ville. Le regard monte vers Marie et la ville reçoit la béné­dic­tion d’un enfant…

Vous n’auriez pas pré­fé­ré œuvrer pour les lieux de culte pro­tes­tants…
Je l’ai fait, puisque j’ai aus­si des­si­né les plans de sur­élé­va­tion du temple de la rue Grignan. Mais je crois avoir réus­si à don­ner à Marseille une image, des construc­tions qui font tou­jours, 150 ans plus tard sa fier­té. Et je ne pense pas que les pro­tes­tants aient à en rougir.

Propos recueillis (?) par Christian Apothéloz,
avec la com­pli­ci­té d’Isabelle Langlade, atta­chée de conser­va­tion du patri­moine aux archives de Marseille.

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