Le journaliste : portraits

Bernard Morel (1946–2022), l’engagement et la prospective

par | 3 mars 2022

Il venait de Rouen, il était né à Bihorel en 1946, mais il avait adop­té la région, Toulon puis Marseille. Il a fait une car­rière d’universitaire, de cher­cheur et d’élu avec tou­jours beau­coup de recul, beau­coup d’humour, de curio­si­té et beau­coup d’exigence. Son pre­mier enga­ge­ment est au PSU, il est certes atti­ré par Michel Rocard, mais il fait par­tie d’un des mul­tiples cou­rants de son oppo­si­tion, la Gauche ouvrière et popu­laire. Il rejoint le par­ti socia­liste dans les années quatre-vingt.

Il est proche de Christian Goux comme pro­fes­seur qui dirige sa thèse en 1977 sur « Prospective et conjonc­ture – Étude métho­do­lo­gique » et comme élu, dépu­té et maire de Bandol, lorsqu’il était pré­sident de la Commission des finances, de l’économie et du plan de l’Assemblée natio­nale (1981–1986).

À Marseille, il fut enga­gé auprès de Philippe San Marco au sein du PS, il écrit avec l’élu mar­seillais deux ouvrages fon­da­teurs et cri­tiques : Marseille, l’en­droit du décor, paru chez Edisud en 1985 et Marseille, l’é­tat du futur tou­jours chez Edisud en 1988.

Il se rap­proche de Michel Vauzelle dans le cadre de la Fondation Sud et lorsque l’ancien porte-parole de l’Élysée est élu à la Région, il devient son direc­teur de cabi­net de 1998 à 2001. Il inau­gure la nou­velle man­da­ture en 99 avec un exer­cice citoyen inédit de pros­pec­tive par­ta­gée avec des débats ouverts et docu­men­tés dans les six dépar­te­ments sur l’horizon 2020.

En 2008, il décide de pas­ser de l’autre côté du miroir et quitte sa pos­ture de conseiller, d’intellectuel pour se pré­sen­ter aux élec­tions. Il est élu à Marseille et à la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole. En 2010, il fait par­tie de la liste Vauzelle aux régio­nales et devien­dra vice-président en charge de l’économie.

Lui qui avait tra­vaillé sur le « sys­tème indus­tria­lo por­tuaire mar­seillais” que le socio­logue Michel Péraldi salue comme « un des plus per­ti­nents et des plus lucides tra­vaux sur l’é­vo­lu­tion de l’é­co­no­mie mar­seillaise » était heu­reux et fier de sié­ger au Conseil du Port et de pré­si­der même briè­ve­ment Euroméditerrranée en 2014 et 2015.

L’économiste avait très vite por­té son atten­tion sur la région, même s’il était capable, avec malice de pro­duire une étude sur le mar­ché mon­dial des stu­pé­fiants en 1994 (Le mar­ché des drogues, Édition de l’Aube).

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Portrait don­né aux obsèques de Bernard Morel à Marseille

Il fut très actif aux côtés de Robert Ilbert à la Maison médi­ter­ra­néenne des sciences de l’homme qu’il a diri­gée de 2004 à 2010 et il a ini­tié les réflexions par­ta­gées sur la ville en Méditerranée qui don­ne­ront nais­sance à ce qu’est deve­nu l’Avitem.

Il fut de 1991 à 1995 l’animateur inter­ré­gio­nal (Provence-Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées) de la pros­pec­tive pour la Datar et un membre actif, écou­té, construc­tif (et polé­mique) du Club d’é­changes et de réflexions sur l’aire métro­po­li­taine marseillaise.

Il est selon Wikipédia l’auteur ou coau­teur de 17 ouvrages et d’une cen­taine d’articles dont :

  • Le socia­lisme : l’idée s’est-elle arrê­tée en che­min, L’Harmattan, Paris, 2008
  • Du Savon à la puce – L’industrie mar­seillaise du XVIIe siècle à nos jours
  • Dynamique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, (avec Philippe Langevin et Mireille Pile) Les Hommes, L’économie, Le Territoire aux Éditions de l’Aube, 2002
  • Marseille, nais­sance d’une métro­pole, Harmattan, 1998

Barnard Morel est décé­dé des suites d’un can­cer le 28 jan­vier 2022 dans sa 73 ème année.