Interviews

Novembre 2000. Magazine mensuel régional protestant Échanges

Jean Pierre Nigoghossian
Nous sommes trop souvent
dans le bras de fer…

Bardé de diplôme, consultant reconnu, expert du monde de la technologie, Jean-Pierre Nigoghossian vit sa foi d’une manière neuve depuis quelques années. Confessions d'un protestant arménien « reconverti ».

Vous vous définissez comme chrétien, protestant et français. Vous avez toujours été chrétien…

Je n’étais même pas un chrétien du dimanche ! Je crois que j’avais des œillères, que j’étais schizophrène, j’ai l’impression que mon passé est un passé de païen avec des îlots d’exception.

Par où passe votre chemin de Damas ?

C’était en 1993. J’étais à l’époque directeur de la rechercher et de la technologie dans la région. J’étais principalement préoccupé par ma carrière professionnelle. Et j’ai rejoint Act, la branche française de CBC, les Christian Businessmen's Committees (www.cbmcint.org). Et j’ai réalisé que j’avais côtoyé des gens sans les regarder. J’avais notamment travaillé avec un responsable varois et je le découvrais au sein de CBC. Ce fut un choc. J’ai commencé à m’interroger, à faire mon introspection. Je sentais qu’il fallait que je passe du temps avec Dieu. Comme j’avais des insomnies, j’ai pris goût à la lecture de la Bible. Et je prenais quotidiennement des gifles.

Et qu’est-ce que ça change dons votre vie ?

Ça change beaucoup de choses dans mon boulot. Je ne suis pas devenu impeccable d’un jour à l’autre ! Dans nos métiers, on cultive plus l’art de la compétition que l’art de la conciliation. J’étais souvent en conflit. Un exemple ? C’était avec un gros client et l’affaire tournait mal. J’avais en tête un courrier de rupture. Mais c’était un 24 décembre. J’ai retiré cette idée de courrier et j’ai envoyé comme simple message : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Pour ma part, je tourne la page. » Des gens que je détestais sont devenus des amis. Nous sommes trop souvent dans le bras de fer.

C’est une conversion ?

Une reconversion plutôt qu’une conversion. Je suis passé d’un protestantisme fade à la vraie grâce, à l’abandon. Nous avons une fille handicapée, Claire. Et dans mon modèle de vie antérieur, nous étions, ma femme et moi très préoccupés, angoissés par l’organisation de sa vie future. Tout est devenu différent lorsque nous avons pu, nous avons su, la confier à Dieu. C’est un vrai tournant. Dieu m’aime, moi, comme je l’aime elle. Elle est dépendante, elle a des problèmes comme je suis dépendant, je suis handicapé et j’ai besoin du Père. Claire, depuis a changé, elle n’est plus un fardeau, elle illumine notre maison.

Quelle éthique vous guide dans le monde de l’entreprise ?

J’ai eu la chance de ne pas me trouver dans des secteurs économiques ou dans des entreprises malsaines. Je n’ai donc pas eu de tentations directes de fraude ou de prévarication. Mais lorsque l’on lit et relit dans la Lettre de Paul aux Galates (chap. 5 Vers 13 à 26), les fruits de l’Esprit et les fruits de la chair, on constate qu’une grande partie concerne les relations entre les hommes. Paul condamne « les hostilités, la discorde, la jalousie, le parti pris, les fureurs, il demande « patience, bonté, bienveillance, douceur, maîtrise de soi, … ». Je suis d’un tempérament plutôt batailleur, joueur, voire tricheur, j’étais dans des relations plus de type « conflit » plutôt que de type « amour ». Je suis chrétien depuis 40 ans et j’ai fait tout faux. Ce qui nous est demandé c’est d’avoir un regard de bienveillance sur l’autre..

Christian Apothéloz

 

Jean Pierre Nigoghossian

Marié, 57 ans, deux enfants, JPN, fait partie de ces Arméniens devenus protestants grâce à l’évangélisation de missionnaires américains. Il sera un élève brillant. Polytechnique, puis sup. aéro., il commence sa carrière par le management de projets technologiques, puis, il fait un parcours qui le conduit alternativement dans le service public et dans l’entreprise privée. Directeur de recherche à l’Inria, bastion des innovations en technologies de l’information, directeur de la recherche pour la région Provence Alpes Côte d’Azur, il passe au privé en entrant dans la société Bertin, spécialisée dans l’optique et l’optronique. Aujourd’hui, il a pris son indépendance et travaille comme consultant toujours dans le privé et dans le public.


 

> Juin 2003. Edmonde Charles Roux Defferre : "Defferre, le Protestant ?".

> Mars 2002. Alain Fourest, fondateur de Rencontres Tsiganes.

> Janvier 2002. Philippe Schmid : "religions avec un "s""

> Novembre 2000. Jean Pierre Nigoghossian : Nous sommes trop souvent dans le bras de fer…

> Mai 2000. Jacques Donabédian : La mémoire contre la raison d’État.

> Janvier 2000. Daniel Carrière

> Janvier 1999. Bernard Granjon : Un French doctor,sans bluff et sans complexe.

> Décembre 1998. Christian Bruschi, juriste : "L’esclavage a fait la richesse de la France"

> Mai 1998. Henry Espérandieu : Comment un protestant a-t-il pu inventer Notre Dame de la Garde ?

> Septembre 1997. Emile Témine, "Quand líétranger devient marseillais".

> Mai 1997. Bruno Etienne.

> Septembre 1993. Henry Roux-Alezais, président de la CCIMP : « Les chefs d'entreprises sont plus des loups que des chiens ».

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