Enquêtes-reportages

Janvier 2000 - Le Nouvel économiste

Société marseillaise de crédit
Une privatisation en douceur…
et fermeté

À la fin de l’année, la Société marseillaise de crédit, reprise par le CCF en octobre 1998, aura réduit ses effectifs de 25 %. Sans conflits majeurs, sans mouvements sociaux, sans licenciements. Une restructuration en douceur.

Lorsque le 26 octobre 1998, Joseph Pérez quitte Avignon pour prendre les rennes de la Société marseillaise de crédit, il passe aux yeux de ses pairs pour un fou. La banque marseillaise est prise dans des affaires scabreuses dues à la gestion Habib-Deloncle, les pertes se chiffrent en milliards de francs, les cadres en ont appelé au ministre de l’industrie pour en finir et les salariés sont complètement démotivés par une succession de dirigeants aussi « politiques » qu’incompétents. Ce management erratique du conseiller économique de François Mitterrand, Jean Matouk et du trésorier des comités de soutien à Jacques Chirac a même éveillé la vénérable institution marseillaise à l’action syndicale unitaire. Patrick Careil, patron de la banque Hervet, chargé par le ministère de tutelle de faire le ménage a déclaré la banque phocéenne en état de « coma dépassé » et il a bloqué toutes les autorisations de crédit. Un choc pour la clientèle comme pour le personnel. Joseph Pérez qui vient de la Chaix, une petite banque du CCF, la plus rentable des banques régionales du Midi, arrive donc en terrain miné.
Il fait le pari des ressources internes de la banque. Finis, les audits à répétition et les consultants donneurs de leçons, pas question de confier la restructuration à un commando issu de la maison-mère. Seuls six cadres sont "importés" du CCF. Les managers font au printemps 99 le tour des agences, ils rencontrent les 1800 salariés lors de 25 réunions, de Perpignan à Menton, de Paris à Aubagne. Avec un discours de fermeté et de franchise. L’électrochoc Careil, négatif pour le Pnb, a porté ses fruits en interne. La majorité du personnel doute, mais comprend que la solution CCF est celle de la dernière chance. Ils ont vécu une décennie complète de plans sociaux, sans issues. La parole des managers s’est dévaluée. Le directoire engage alors une démarche de « reconception » de la banque. Depuis 20 ans, personne n’a touché aux procédures, on pratique par exemple, toujours la double signature, la modernisation a toujours été reportée, les méthodes sont aléatoires. L’effort premier de la direction est donc la réorganisation. « La banque, explique Joseph Pérez, c’est plus d’un millier de processus, du simple virement au crédit le plus complexe. Pour chacun d’entre eux, nous avons travaillé avec des groupes projets transversaux, nous avons écrit les procédures, nous les avons testées, puis généralisées à toute la banque ». Cette reconstruction de la banque à partir des besoins du client, ce réingéniering, a permis d’évaluer les besoins en personnel. Et donc de proposer un plan social d’un coût de 350 MF, qui sera inférieur à ce que la profession attendait (450 départs alors que certains pronostiquaient 600 à 800 suppressions de postes). L’indemnité de départ est conforme à la convention collective (un mois de salaire par année d’ancienneté), avec un abondement de trois mois.
Et Joseph Pérez en soigne l’annonce. Pas question de discuter le chiffre des départs, la survie de la banque en dépend. Par contre il s’engage et marque sa volonté de mener à bien cette restructuration « sans départs contraints ». Les partenaires sociaux protestent, naturellement, négocient pendant quatre mois les conditions, puis finissent par accepter l’offre. Au sein du CE, les discussions sont plutôt sereines et constructives. Le nombre de candidats au départ dépassera d’une centaine le chiffre fixé. La crainte, fin 99, d’une non-reconduction de la convention collective de banques incite, il est vrai, aux décisions rapides.
Les départs vont s’échelonner sur toute l’année 2000. Avec un plan d’adaptation à l’emploi qui va permettre d’accueillir 100 nouvelles recrues à tous niveaux de la banque. L’année 99 a connu encore des pertes, même si Joseph Pérez assure que l’exploitation est équilibrée. L’année 2000 doit être celle du retour à des résultats positifs.

Christian Apothéloz


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